Allocution du Ministre des Affaires Etrangères et Européennes, M. Bernard Kouchner

Monsieur le Secrétaire général des Nations unies,

Monsieur le Président de l’Autorité palestinienne,

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Notre réunion d’aujourd’hui a déjà livré son verdict : il est positif. Je compte bien sûr fermement sur cet après-midi pour que s’exprime encore et pleinement la générosité de chacun. Mais, par votre présence à tous, par les engagements qui ont déjà été pris, par la mobilisation que j’ai ressentie en chacun de vous, une réponse a déjà été apportée au peuple palestinien. C’est une première victoire. Je tiens à vous en remercier chaleureusement.

Le président de la République nous l’a répété ce matin : nous sommes à un tournant historique. Tous ici, nous devons avoir conscience de la responsabilité qui est la nôtre. Si nous sommes incapables d’aboutir à la solution dont nous apercevons l’esquisse, nous en porterons la responsabilité devant les générations futures. L’opportunité qui s’offre à nous ne se représentera pas avant longtemps.

L’échéance historique qui nous mobilise aujourd’hui est d’abord une histoire de femmes et d’hommes. Elle concerne au premier chef les Palestiniens, tous les Palestiniens, auxquels nous devons ensemble rendre l’espoir et le goût de l’avenir.

Cette histoire d’hommes est aussi, et sans doute avant tout, celle de MM. Olmert et Abbas, auxquels je tiens à rendre hommage. Par leur courage et leur détermination, ils ont tous deux tracé la voie. Lors de mes deux dernières visites en Israël et dans les Territoires palestiniens, en septembre puis en novembre, j’ai vu s’intensifier la relation entre ces deux hommes d’Etat. Leur confiance mutuelle est la clé du processus. Nous devons donc tous ensemble les encourager à poursuivre leur effort, malgré les obstacles, malgré les scepticismes. A travers vous, ce sont deux peuples qui se parlent.

La conférence d’Annapolis, organisée à l’initiative des Etats-Unis - et je remercie une fois de plus Mme Condoleezza Rice - a permis de donner à leur engagement une consistance nouvelle. Elle a inauguré un nouveau cycle politique, diplomatique et économique pour aboutir à la création d’un Etat palestinien viable avant la fin 2008. Nous connaissons maintenant le chemin et le calendrier pour atteindre cet objectif. Une dynamique est lancée : il nous faut la soutenir concrètement et ce matin nous l’avons déjà fait.

Car nous connaissons les difficultés sur le terrain. Elles sont immenses mais pas insurmontables. Je connais, nous connaissons, la situation des Territoires palestiniens. J’ai personnellement travaillé dans ces Territoires et particulièrement à Gaza. Je pense à ces habitants dont la vie quotidienne est un cauchemar et qui comptent sur les efforts de chacun d’entre nous ici réunis pour améliorer la vie de leurs enfants. Le terrain, c’est la réalité, la dure réalité. Mais toute réalité peut changer. Pour cela, un premier impératif : la colonisation - dans toutes ses dimensions - doit être immédiatement gelée. Je sais que nous le répétons tous et je sais les efforts que font les Israéliens. J’ai assisté hier à cette conversation entre Mme Tzipi Livni et M. Salam Fayyad et je crois qu’ils sont sur le bon chemin. C’est à cette condition - l’arrêt de la colonisation - que sera créée l’adhésion des peuples au processus en cours. C’est à cette condition que la bonne volonté se traduira en actes.

Nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur le plan du Premier ministre, monsieur Salam Fayyad, homme de grande qualité. Ce plan est solide et trace un vrai chemin pour l’Autorité palestinienne. Il confirme en particulier que l’Etat palestinien, pour être viable, doit pouvoir s’appuyer sur une continuité territoriale, une économie ouverte, des institutions indépendantes et des infrastructures solides. Notre soutien devra permettre d’accompagner les efforts de l’Autorité palestinienne en ce sens, notamment en lui fournissant les moyens d’assurer le respect de la loi et de l’ordre sur son territoire, seule condition de garantie pour la sécurité d’Israël.

Aucun de nous n’oublie Gaza. La conférence de Paris est une conférence de soutien à l’ensemble des Palestiniens. L’isolement de Gaza comporte des grands risques humanitaires et sécuritaires. C’est pourquoi notre soutien doit porter également sur Gaza. Avec l’Autorité palestinienne et les organisations internationales, nous y développerons des projets économiques. Le Premier ministre Tony Blair, représentant du Quartet, a déjà proposé ce genre de projets destinés à améliorer les conditions de vie de la population. Les points de passage devront être réouverts. Ils doivent permettre la respiration de l’économie de ce Territoire et les déplacements des habitants de Gaza. On ne vit pas, on ne commerce pas, on ne progresse pas en vase clos.

Une fois posées ces premières exigences et pour accompagner leur mise en œuvre, les services de sécurité palestiniens doivent se réformer et gagner en professionnalisme. L’armée d’Israël, parallèlement, devra se retirer graduellement de la Cisjordanie.

Je veux aussi profiter de l’état d’esprit qui règne aujourd’hui pour appeler chacun à la responsabilité et à la cohérence. Nous savons que des provocations, de part et d’autre, accompagneront inévitablement ce processus difficile. Sachez y résister. Sachez demeurer fidèles aux engagements pris à Annapolis. Nous vous aiderons le plus possible, vous pouvez compter sur nous. Ce sera difficile mais c’est indispensable pour laisser le temps à la paix.

Finalement, il s’agira bien d’aboutir à une vraie naissance, celle d’un Etat, celle d’une région qui sera transfigurée par ces conditions nouvelles, celle surtout d’un peuple aujourd’hui condamné à l’incertitude, à la misère et au désespoir. Un peuple a coté d’un autre peuple, le peuple israélien qui lui aussi a parcouru et à un autre niveau et depuis bien longtemps un chemin que l’on ne rappelle pas assez. Le Proche-Orient a trop souffert, nous avons trop souffert - mais notre souffrance n’est rien comparée à ceux qui y vive - de cet enlisement coupable. Il est l’heure de regarder l’avenir avec espoir, avec confiance, avec détermination.

La conférence d’aujourd’hui est une conférence économique certes, mais c’est aussi une conférence politique. Hier Tzipi Livni le disait, Salam Fayyad aussi. Nous donnons du corps à ce qui a été initié à Annapolis. Cette conférence a un objectif ambitieux : poser, après Annapolis et avant Moscou, les bases d’un Etat palestinien viable. Je salue ici mes partenaires, Tony Blair, Jonas Gahr Stoere et Benita Ferrero-Waldner avec qui nous rendrons compte tous les mois de l’avancée de nos travaux. C’est un chemin que nous avons choisi : nous avons trop l’expérience des chèques et des monceaux d’argent donné sans que l’on sache à quoi cela a servi. Cette conférence avait un objectif ambitieux, merci à tous. Vous avez entendu le discours du président de la République, vous pouvez compter sur le soutien et la volonté de la France./.

publié le 16/08/2010

haut de la page