Déclarations françaises de politique étrangère

Consultez les extraits, relatifs au Proche-Orient, des dernières déclarations officielles françaises :

Visite d’Etat en Israel et dans les Territoires palestiniens conférence de presse conjointe du Président de la République, M. Nicolas Sarkozy, et du Président de l’Autorite Palestinienne, M. Mahmoud Abbas

Propos de M. Sarkozy

(Bethléem, 24 juin 2008)

Merci Monsieur le Président. C’est la troisième fois que je rencontre le président Mahmoud Abbas. Mais la première fois chez lui, en Palestine. Je voudrais dire que le président de l’Autorité palestinienne est pour la France un homme de paix, un interlocuteur en qui nous avons confiance. C’est un homme que nous soutenons. C’est un homme au côté duquel la France se trouve. Cela ne veut pas dire que, parmi les Palestiniens, il n’y a pas d’autres forces. Mais la France discute avec les femmes et les hommes courageux qui font de la politique et non pas du terrorisme. La France discute avec les hommes de paix et pas avec les poseurs de bombes.

Monsieur le Président, je l’ai dit à nos amis israéliens, on ne résoudra pas l’injustice faite au peuple juif en créant les conditions d’une injustice pour le peuple palestinien. Je suis un ami d’Israël. La sécurité d’Israël est non négociable pour la France. Mais la création d’un Etat viable, démocratique, moderne pour les Palestiniens est une priorité pour la France. La sécurité d’Israël sera d’autant mieux assurée que les Palestiniens auront un Etat. Je l’ai dit : la France demande le gel de la colonisation y compris pour Jérusalem Est. Je le dis aussi à nos amis palestiniens : devenez des femmes et des hommes qui, comme le président Mahmoud Abbas, ont un engagement politique. Séparez-vous de ceux qui pensent que la violence peut résoudre les problèmes. Le Hamas a grand tort d’agir comme il agit. On ne crée pas la paix avec le terrorisme. On ne discute pas avec les terroristes. C’est valable pour le Hamas et pour tous ceux qui se comportent de la même façon.

Si demain les choses devaient changer, alors nous en tirerions toutes les conséquences. D’ici là, nous voulons aider le président de l’Autorité palestinienne. Nous voulons l’aider politiquement.

La France et l’Europe veulent s’engager dans le processus de paix au Moyen-Orient. D’abord parce que c’est l’intérêt des populations du Moyen-Orient, mais c’est aussi le nôtre. Le terrorisme qui frappe chez vous, la douleur chez vous, c’est du terrorisme et de la douleur chez nous aussi. L’Europe n’a pas été assez présente politiquement et je voudrais vous dire que, pour Bernard Kouchner, comme pour moi, c’est un grand honneur que de recevoir, le 13 juillet à Paris, le président de l’Autorité palestinienne avec un certain nombre de dirigeants de pays arabes et le chef du gouvernement israélien pour parler de l’Union pour la Méditerranée. Mais nous voulons nous engager économiquement à vos côtés. Je veux remercier Bernard Kouchner du succès de la Conférence des donateurs pour la Palestine qui a permis de rassembler 7 milliards 700 millions de dollars. Il n’y aura pas de paix sans le développement économique. Je veux le dire à nos amis palestiniens. La France est l’amie du peuple palestinien. Nous mettrons au service de la création de votre Etat la même force et le même engagement que ce que nous mettons au service de la sécurité d’Israël. Il n’y a pas deux poids et deux mesures. Cher Mahmoud, dans mon discours de la France, il n’y a pas deux langages, un langage à la Knesset et un langage différent ici. Il n’y a qu’un seul langage. La France est aux côtés de ceux qui veulent la paix. Il y a eu trop de douleur ici. Il y a eu trop de malheur. J’étais très heureux avec Carla, les ministres et les personnalités, de me rendre, ici, à Bethléem et de voir ce que pouvaient représenter les check points, le mur et toutes les incompréhensions. D’un côté comme de l’autre, il faut que cela cesse. Il faut que cela cesse et si la France peut aider à ce que cela s’arrête, la France le fera. La France le fera comme un ami, un vrai ami, mais un ami exigeant qui dit sa part de vérité, non pas pour donner des leçons, mais pour que chacun comprenne que vous pouvez nous faire confiance.

Nous serons, dans le processus de paix, des observateurs si vous le voulez, des acteurs, si vous le souhaitez, mais toujours des femmes et des hommes qui essaieront d’être de bonne volonté. La France est prête à mettre à votre disposition la puissance de son économie, la puissance de ses finances, ses soldats, la puissance de sa diplomatie, pour que la paix vienne maintenant, pas demain, pas après-demain.

Cher Mahmoud, je veux vous dire mon respect et mon admiration, parce que les Palestiniens ont besoin d’avoir à leur tête un homme de paix, pas un homme de guerre et je suis sûr que tout le peuple palestinien qui a tellement souffert, doit comprendre que, pour tourner le dos aux souffrances, il faut tendre la main vers la paix et non pas vers la guerre.

Merci de nous avoir reçus.

Q - Monsieur le Président, hier, vous avez exposé votre vision pour résoudre le conflit israélo-palestinien à travers la création d’un Etat palestinien au côté d’Israël, un Etat sans colonie et ayant Jérusalem pour capitale. Que faites-vous pour réaliser cela ?

R - Je crois même avoir été plus loin puisque la France a apporté son soutien au projet de loi visant à indemniser les colons pour qu’ils laissent leurs maisons aux Palestiniens. Je voudrais vous dire juste une chose : ce ne sont pas les Français qui feront la paix à la place des Israéliens et des Palestiniens, ce ne sont pas les Européens, c’est vous, ce n’est personne d’autre. Personne ne fera à votre place le travail nécessaire pour assumer la paix. Que peut-on faire ? On peut vous aider à créer les conditions de confiance.

Je suis assez fasciné de tout ce que j’entends. Chacun sait bien où se trouvent les points de compromis et chacun, même en Israël comme en Palestine, mesure à peu près où se trouve les points d’arrivée. Alors où est le problème ? Il est tout simplement dans la décision qu’il faut qu’il y en ait un qui commence à prendre des risques, sans que l’autre ne se sente immédiatement en position de faiblesse. Que peut faire l’Europe ? Peut-être jouer un rôle décisif au moment de la première décision, là où l’on engage le processus vertueux de la confiance. C’est ce processus qu’il faut engager et c’est bien à cela qu’avec la diplomatie française, nous sommes décidés d’agir. Le 13 juillet à Paris il y aura beaucoup de monde, ce sera sans doute une occasion de parler.

Q - Monsieur le Président, vous avez évoqué le mur de séparation il y a quelques instants. Hier devant la Knesset, vous avez dit qu’il fallait revenir aux frontières de 1967. Ce mur ne les respecte pas. Est-ce qu’il faudrait détruire ce mur ?

R - Ce n’est pas à moi de dire cela et vous voyez bien, sans que personne ne le souhaite, les pièges que chaque question représente dans une région aussi sensible. Je me contenterais d’un seul commentaire. Je peux comprendre l’état d’esprit de certaines familles israéliennes qui vivent la peur au ventre et personne n’a de leçons à leur donner, parce que moi, quand je rentre chez moi, je n’ai pas peur, ni pour mes enfants, ni pour ma famille, mais je peux comprendre. M’adressant à mes amis israéliens, je veux leur dire : croyez-vous que c’est le mur qui garantira à vie la sécurité de l’Etat d’Israël ? Personne ne peut penser cela. Ce qui garantira la pérennité et la sécurité de l’Etat d’Israël sur laquelle je me suis engagé - c’est le combat politique de toute ma vie - c’est la création d’un Etat palestinien à ses frontières, démocratique, moderne où il y aura des hommes comme Mahmoud Abbas ou d’autres, mais des hommes comme lui qui sont portés par les urnes et non pas par les armes, où il n’y aura qu’une seule autorité pour faire régner l’autorité, l’armée palestinienne et pas les milices ou une bande de terroristes.

Vous savez, je n’ai pas peur de dire les choses telles que je les pense. Quand on se comporte comme un terroriste, on est un terroriste. On ne répare pas une injustice par le terrorisme et, en même temps, on ne se protège pas par un mur. On se protège par un choix politique qui est celui de la paix. Je ne veux pas le dire aux Israéliens comme pour donner des leçons. C’est trop facile car moi, ce soir, je vais dormir à Paris. Je ne vais pas dormir ici, je ne suis pas victime de l’injustice et de la souffrance du peuple palestinien comme de l’injustice qui a été faite pendant si longtemps aux Juifs ou la souffrance que connaissent les Israéliens. Je peux simplement appeler à réfléchir. Est-ce que vous pensez qu’un mur suffit ? Je pense qu’il n’y a pas un Israélien de bonne volonté, en réfléchissant à cela, qui ne doute du bon sens de ce que je viens de vous répondre. Ce n’est ni un conseil, ni un avis, simplement un appel à la réflexion et, pour faire la paix, il faut réfléchir.

Q - Monsieur le Président Sarkozy, vous avez dit qu’hier Jérusalem devait être une capitale unifiée des deux Etats. Mais la réponse de l’ami israélien a été que cette ville ne sera pas divisée. Comment voyez-vous l’avenir de la paix étant donnée cette position israélienne ? Monsieur le Président Mahmoud Abbas, comment pouvons-nous concilier la colonisation qui se poursuit avec l’avenir de Jérusalem. Est-ce qu’il y a une nouvelle position palestinienne quant à la poursuite des négociations bilatérales ?

R - Ce n’est pas moi qui vais vous dire que la situation est simple, mais, enfin, les frontières, les réfugiés, Jérusalem, voilà les trois questions qui se posent. Je comprends l’attachement de chacun à Jérusalem : ville trois fois Sainte, Sainte pour les Juifs, Sainte pour les Chrétiens, Sainte pour les Musulmans. Mais quelle est la richesse de Jérusalem ? C’est sa diversité. Qu’est-ce qui fait que Jérusalem est une ville à nulle autre pareille ? C’est son histoire. Quelle est l’histoire de Jérusalem ? L’histoire de la diversité. J’ai donné mon opinion et je voudrais dire combien je suis reconnaissant à la démocratie israélienne de la façon dont les représentants politiques élus du peuple israélien ont bien voulu entendre ce discours qui n’était pas si facile à prononcer.

Pensez qu’un jour Jérusalem appartiendra à une partie, à l’exclusion de l’autre. Je ne pense pas que cela soit le chemin de la paix. Je suis suffisamment ami de l’Etat d’Israël pour avoir le droit d’affirmer cela. Mais je respecte toutes les opinions, je veux simplement me risquer à dire cela. Alors, il y a deux stratégies. Celle qui consiste à dire : Jérusalem c’est si difficile, on en parlera après. Celle qui consiste à dire : cela fait trop longtemps que l’on parle après ou pour après, c’est maintenant qu’il faut parler.

Si la France peut aider, en affirmant qu’Israël ne sera jamais seul face à l’Iran, à la bombe atomique et face au terrorisme, je crois que tout est une question d’équilibre, que chacun doit comprendre que la paix imposera des sacrifices. Mais, entre nous, les sacrifices de la paix sont-ils plus douloureux que les sacrifices de la guerre ? Qui peut le dire ? Qui peut dire qu’aujourd’hui la situation est satisfaisante ? Qui peut penser qu’aujourd’hui cela va bien et que cela serait le changement qui créerait d’autres risques ? Je ne le pense pas. J’ai parlé comme un ami à des amis. Je livre cette réflexion. Chacun y réfléchira et je suis sûr que, dans la société israélienne aujourd’hui, il y a des débats beaucoup plus profonds et beaucoup plus libres qu’on ne l’imagine. Vous savez, en Palestine, comme en Israël, les gens en ont assez de souffrir. Il y a eu trop de souffrances.

(...)./.


Visite d’Etat en Israël et dans les Territoires palestiniens Allocution du President de la Republique, M. Nicolas Sarkozy, devant la communauté française.

(Jérusalem, 23 juin 2008)

Mesdames et Messieurs,

C’est pour nous une joie immense que d’être parmi vous, sur cette terre si chargée d’histoire, dans cette ville unique au monde. Aucun lieu n’aurait suffi à vous contenir tous, Français qui vivez en Israël, à Jérusalem, ainsi que dans les Territoires palestiniens ! Je voulais tout particulièrement saluer les Français d’Israël, qui représentent l’immense majorité d’entre vous présents ici ce soir, mais aussi m’adresser à nos compatriotes franco-palestiniens, aux membres des communautés religieuses françaises et à ceux d’entre vous qui travaillent dans des organisations internationales ou dans des ONG.

Aux Français d’Israël, je voudrais dire que vous êtes l’une des communautés françaises les plus nombreuses et l’une des plus dynamiques vivant hors de notre pays et en même temps, vous êtes un peu plus que cela. Car les éléments constitutifs de nos deux pays se sont mêlés : il y a un peu d’Israël en France et il y a un peu de France en Israël. Les Français qui ont fait le choix de vivre et de travailler en Israël sont, avec la communauté juive de France, des passeurs, des vecteurs privilégiés de l’attraction mutuelle si forte qui existe entre nos deux pays.

Parmi vous aujourd’hui, j’ai aussi voulu que soient invités les représentants des communautés chrétiennes françaises, notamment de Jérusalem. Jérusalem a besoin que des Chrétiens y vivent. Vous savez bien que, dès le XVIème siècle, sous l’Empire ottoman, la France s’est vu attribuer ici une mission de protection des Lieux Saints. Dans de nombreux domaines, d’éducation, de santé, d’action sociale, ces communautés contribuent au rayonnement de la France, de notre langue, de notre culture, de nos valeurs. Je veux leur dire, à ces communautés, l’attachement de la France à cette mission et la reconnaissance de la Nation. Quelques chrétiens pour aider, parce que tout le monde se parle quand c’est nécessaire. Quelques Français, aussi, ont fait le choix de vivre dans les Territoires palestiniens, d’y inscrire leur activité professionnelle, d’y fonder une famille. D’autres, dans des organisations internationales se dévouent à la paix et au développement. J’ai aussi voulu qu’ils soient ici parce que leur choix, pas toujours le plus simple, est parfaitement respectable. Et Bernard Kouchner voudra bien soutenir ce choix, lui qui incarne le travail remarquable des ONG. A ceux-là, je voudrais dire que je sais qu’il existe de longue date, au sein du peuple palestinien, une amitié profonde pour la France, mais aussi une forte aspiration à la paix et à la vie en bonne harmonie avec ses voisins. Enfin, aux Français qui travaillent dans des organisations internationales, dans des conditions parfois difficiles, je voudrais dire qu’ils oeuvrent pour la paix, pour l’avenir et qu’ils ont, bien sûr, tout le soutien de notre pays.

* * *

Ce que je vois aussi ce soir, c’est toute la richesse de la présence humaine, économique, financière de la France en Israël. Elle s’est développée grâce aux Français qui ont fait le choix de travailler et de vivre ici. Elle ne se limite pas, à la Renault Mégane électrique, le véhicule de l’avenir qui s’invente ici.

Je pense, en particulier, aux jeunes Français trentenaires qui, une fois diplômés en France, ont fait leur alya ces dernières années, attirés par une société dynamique et pleine d’opportunités. Ils sont très attachés à la France et ils vivent souvent à cheval entre les deux pays. Ils sont l’avenir de notre relation bilatérale, une relation qui a un immense potentiel.

Vous avez fait le choix d’Israël, tout en restant également, je le sais, farouchement français. Votre double fidélité est une chance, une richesse pour la France. Et personne n’a à vous reprocher cette fidélité. C’est par conviction, et non parce qu’on se sentirait mal en France, qu’on doit pouvoir faire le choix d’Israël aujourd’hui. Je sais que cela n’a pas toujours été le cas. Je sais que certains ont fait le choix de partir parce qu’ils percevaient en France une montée de l’antisémitisme. Je veux que l’on en parle franchement. Il ne faut pas avoir peur. L’antisémitisme, ça ne s’explique pas, ça se combat. Et cette lutte, je vous le dis, ne faiblira pas. Et je suis particulièrement choqué de ce qui est arrivé à un jeune Français il y a quelques jours, sous le seul prétexte qu’il portait une kippa. Une bande de voyous l’a agressé. Je veux dire que la ministre de l’Intérieur qui est ici, Michèle Alliot-Marie, mettra en œuvre toutes les forces nécessaires pour retrouver les coupables et que la justice française les punira avec la sévérité qu’ils méritent. Pour une raison très simple : la lutte contre l’antisémitisme n’est pas l’affaire de la communauté juive de France. La lutte contre l’antisémitisme, c’est l’affaire de la communauté nationale dans son ensemble parce que l’antisémitisme, c’est une tache sur le drapeau tricolore. C’est donc l’affaire de tous les Français, qu’ils soient juifs ou pas. Je veux quand même dire les choses, c’est qu’en 2007, le nombre d’actes antisémites a chuté de moitié par rapport à l’année précédente, et la France est aujourd’hui, avec les Etats-Unis, le pays qui a la communauté juive la plus forte et la mieux intégrée Je vais vous dire une chose : que l’on parte pour vivre en Israël par conviction, je respecte profondément ce choix mais je n’accepterai pas qu’un seul juif de France parte parce qu’il a peur. Parce que les juifs de France sont les bienvenus en France qui est leur pays. Vous savez je le dis devant quelqu’un qui est très proche de mon cœur, Simone Veil. Ne vous fiez pas au regard gentil qu’elle me jette. Carla le sait, je l’aime beaucoup Simone !

* * *

Mes Chers Compatriotes, le soixantième anniversaire de la proclamation de l’Etat d’Israël a été fêté partout en France de façon impressionnante. La visite d’Etat du président Shimon Pérès a été un moment très fort, comme sa présence à l’inauguration du Salon du Livre, consacré cette année à la littérature israélienne et qui a contribué à donner à cet événement. Et aux écrivains israéliens, une audience qu’ils méritaient depuis longtemps. J’ai, pour ma part, tenu à être présent le 25 mai dernier, dans les jardins du Trocadéro pour m’associer à la joie de toute la communauté juive de France.

Parallèlement, notre ambassade a organisé ici une série d’événements exceptionnels pour fêter dignement cet événement. L’un des plus remarquables a été l’exposition intitulée "A qui appartenait ces tableaux ?", au musée d’Israël, ici même, à Jérusalem : à la fois une très belle manifestation artistique et une contribution au travail de mémoire, illustrant les pillages scandaleux commis par les nazis contre les juifs d’Europe, mais aussi la volonté d’une politique française, exemplaire, de recherche et de restitution à leurs ayants droit des biens spoliés.

Je sais que la culture française est une référence incontournable en Israël. Il y avait un paradoxe dans la richesse de cette vie culturelle française : c’était son absence de visibilité, à laquelle est venu remédier le magnifique Institut français de Tel Aviv, inauguré l’été dernier.

Au-delà de la culture, c’est la francophonie israélienne, sans doute riche de près d’un million de personnes, que je veux saluer aujourd’hui. Israël a plus de francophones que bien des pays qui font partie de l’Organisation internationale de la Francophonie et je ne vois pas au nom de quoi les portes de l’organisation francophone lui resteraient fermées. Voyez-vous, je le pensais avant de devenir président, c’est curieux, mais je n’ai pas changé d’avis. Il y a des obstacles politiques à franchir, mais je ferai tout pour les aplanir. Mais, sans attendre une reconnaissance institutionnelle, les universités israéliennes ont commencé à rejoindre l’Agence universitaire de la Francophonie et des villes israéliennes font partie de l’Association internationale des maires francophones. Il faut encourager le mouvement, c’est par la base qu’on va renverser des oppositions qui n’ont plus lieu d’être.

Il y avait également quelque chose d’étrange à ce que rien ne soit prévu pour que ceux qui le souhaitent puissent scolariser leurs enfants dans un grand établissement français, au-delà de la classe de troisième, en dehors, bien sûr, de Jérusalem, où le lycée français fournit un travail remarquable depuis plus de 40 ans. Le nouveau lycée franco-israélien installé près de Tel Aviv, a connu sa première rentrée en septembre dernier ; il délivrera à terme un véritable baccalauréat franco-israélien, innovation majeure qui permettra à ceux qui le souhaitent d’avoir accès aux universités aussi bien françaises qu’israéliennes. Soit nous sommes amis, soit nous ne le sommes pas. Alors, il faut arrêter de dire que l’on est amis et ne pas en tirer toutes les conséquences et vous avez compris que les choses avaient un peu changé.

* * *

Mes Chers Compatriotes,

L’accueil que j’ai reçu ici depuis hier a été absolument extraordinaire. J’ai le sentiment, que nous sommes en train de remettre enfin la relation entre nos deux pays au diapason de ce qu’elle était réellement dans les cœurs.

Plus personne ne doit douter de l’attachement indéfectible de la France à la sécurité d’Israël. Il y a un lien avec Israël, avec cette volonté folle d’extermination des juifs, alors que l’Europe a été le territoire où cela s’est passé. Et, on a vu, par la suite, la création de l’Etat d’Israël. Comment peut-on imaginer que l’Europe et, en particulier la France, ne soit pas préoccupée de la sécurité de l’Etat d’Israël ? Il y a eu des propos inacceptables du président iranien ou de dirigeants de groupes terroristes, Israël sait pouvoir compter sur l’engagement et la détermination de la France pour leur barrer la route. Israël n’est pas seul dans ce combat-là.

La situation en cours dans la bande de Gaza et dans le sud d’Israël est insoutenable. Aucune population ne peut vivre sous la menace permanente du terrorisme et des tirs de roquettes, que la France condamne sans réserve. Je le dis d’autant plus fermement que je sais que plusieurs d’entre vous venus ici ce soir habitent, dans la peur, à Sdérot et à Ashkélon. Mais je pense aussi au drame humanitaire vécu par la population civile de la bande de Gaza, qui n’est pas non plus acceptable. Il existe aujourd’hui un espoir d’accalmie, c’est une chance pour toutes les populations de la région. Il n’y a pas de solution militaire à la crise actuelle, dont le règlement passe d’abord par l’établissement d’un cessez-le-feu complet.

A ce propos, je veux dénoncer de la façon la plus forte, la captivité de notre compatriote Gilad Shalit et je veux dire à ses parents, que je viens de recevoir, notre solidarité. Deux ans de détention comme otage, deux années intolérables de souffrance et d’isolement, lui qui n’a pas reçu le moindre courrier. Je puis vous dire que nous allons multiplier les initiatives pour obtenir sa libération.

C’est avec beaucoup d’émotion que je viens de voir les parents de Gilad, dont la dignité est exemplaire. Je veux leur redire toute la sympathie de la France. Et je veux lancer un nouvel appel aux ravisseurs : il faut libérer Gilad, laissez-le retrouver les siens ! On ne construira pas la paix en tenant ainsi des otages.

Mes Chers Compatriotes,

Je veux vous dire, ici, enfin, que cette visite en Israël est une occasion forte d’affirmer que ce soixantième anniversaire doit être l’année historique de la paix. De dire que cette paix passe par la création d’un Etat palestinien moderne et souverain, viable et démocratique, vivant côte à côte en paix et en sécurité avec Israël, un Etat palestinien dont l’existence est même l’une des conditions majeures de la sécurité à long terme d’Israël !

On va travailler à la sécurité et à la paix.

Mes Chers Compatriotes,

Vous voyez toute la délégation importante qui m’entoure. C’est toute la France qui est venue apporter son amitié à Israël. Vous me permettrez de faire un sort particulier à une franco-italienne, Carla, merci de m’avoir accompagné en Israël.

Je vous remercie./.


Point de presse du Ministre des Affaires étrangères et européennes, M. Bernard Kouchner, avec les correspondant de la presse française.

Ramallah, 22 mai 2008

Q - A la fin de l’année dernière, vous aviez annoncé qu’un Etat palestinien était possible en quelques semaines...

R - Je n’ai sûrement pas dit cela.

Q - Vous aviez dit 15 jours. Qu’est-ce qui a changé depuis ?

R - J’ai dû dire, sous une forme humoristique, que rien n’empêchait qu’un Etat palestinien se crée en 15 jours. Oui, c’est nécessaire, indispensable, mais pas en 15 jours.

Q - Quel est l’état d’esprit aujourd’hui ? Avez-vous l’impression qu’il soit encore possible qu’un Etat palestinien soit créé avant le début de l’année 2009 ?

R - Je ne sais pas. Abou Ala nous dit qu’après tout, si ce n’était pas terminé, si les pourparlers n’étaient pas terminés, s’il n’y avait pas d’accord avant la fin de l’année, il faudrait continuer. Après tout, cette date a été fixée à Annapolis, de façon un peu arbitraire, parce le président Bush quitte ses fonctions à la fin de l’année, mais je pense, j’espère, que cela sera conclu avant. Je n’en suis cependant pas sûr du tout. En tout cas, la volonté de continuer me paraît assez claire : de continuer à bâtir cet Etat nécessaire, cet Etat démocratique palestinien viable.

Q - Qu’est-ce qui constitue le principal frein aujourd’hui ? Qu’est-ce qui fait que cela soit retardé ?

R - Ces questions sont très difficiles. Regardez ce qui s’est passé à Oslo, à Madrid, à Genève, il y a, aussi bien au niveau des frontières, des réfugiés, de Jérusalem, des problèmes immenses à régler. Cela fait près de 50 ans que l’on y pense. Mais le rythme des négociations s’est accéléré : on se voit plus souvent ; les groupes de travail sont en place, les experts, de chaque côté, sont à même d’établir, d’abord les points d’accords, puis les points de difficulté. On ne peut pas aller beaucoup plus vite. L’idée même de cet Etat palestinien qui, pour ma génération, était un rêve s’installe petit à petit. C’est déjà un énorme progrès. On n’osait pas en parler il y a cinq ou dix ans.

Q - Monsieur le Ministre, la prise de contact avec le Hamas est-elle de nature à fragiliser les positions de l’Autorité palestinienne ?

R - Ah non ! Cette prise de contact est très superficielle et n’est vraiment pas de nature à fragiliser quoique ce soit. Elle s’est d’ailleurs achevée et je vous rappelle qu’il s’agissait d’un contact et non d’une négociation.

Q - Qu’a appris la France de cette prise de contact avec le Hamas ?

R - Pas grand chose, honnêtement.

Q - Mahmoud Abbas vous en a-t-il parlé ? A t-il regretté ce contact ?

R - Nous en avons parlé, bien sûr, et il n’a pas formulé de regret. Il m’a demandé mon avis et je lui ai donné, comme en Israël et avec tous mes interlocuteurs. Il n’y a pas de secret, nous n’avons rien négocié, notre position reste la même. C’est aux Palestiniens et aux Israéliens de déterminer qui sont leurs interlocuteurs. Par ailleurs, il y a un contact assez solide, qui j’espère portera ses fruits, c’est celui avec les Egyptiens, en tous cas pour les Israéliens.

Q - Mais vous dites ce soir que le contact avec le Hamas était inutile ?

R - Je n’ai pas dit cela. J’ai dit simplement ce que vous avez lu. Vous avez pu juger que ce n’était pas très utile, on le savait.

Q - Il n’y aura donc plus de contact avec le Hamas ? Alors à quoi sert ce premier contact avec le Hamas ?

R - C’est un contact qui est interrompu. Vous savez, il y a non seulement un besoin d’aide humanitaire qui est exprimé notamment par la France et par la Commission mais, également, la nécessité de connaître la situation. Il y a bien des gens qui ont des contacts, il n’y a pas que la France. Seulement, la France a parlé dans les journaux.

Q - Mais le boycott est-il utile si les contacts ne sont pas continus ?

R - Non, ce n’est pas un boycott. Il y a une Autorité palestinienne, qui est la représentante légitime des Palestiniens, avec laquelle nous parlons. Ceci est accepté par le monde entier et c’est aux Palestiniens eux-même, surtout après ce qui s’est passé, de déterminer avec qui on parle et si on parle. C’est ce que nous avons fait, nous n’avons pas parlé. Nous avons envoyé quelqu’un qui avait la responsabilité de s’informer, comme bien d’autres à mon avis dans le monde et en Europe ; c’est tout.

Q - Et ça les Israéliens l’ont entendu comme vous venez de nous le dire ?

R - Entendu et compris et, d’ailleurs, ils étaient prévenus, tout comme les Palestiniens. Ce n’était donc vraiment pas une surprise. Ce qui était une surprise c’était de le voir dans la presse./.


Entretien du Ministre des Affaires étrangères et européennes, M. Bernard Kouchner, avec France 2

Jérusalem, 23 mai 2008

Q - Monsieur le Ministre, encore une visite sur le terrain, vous êtes plus optimiste que la dernière fois, en dépit de la colonisation ? Malgré tout, la conférence de Bethléem a été un succès...Vous vous êtes rendu à Hébron où il y a tout de même une situation difficile.

R - Oui, je suis plus optimiste. La conférence de Bethléem est un vrai miracle et personne ne pensait à cela au moment de la conférence de Paris quand nous avons demandé la présence du Premier ministre palestinien et la représentation du secteur privé. Il a organisé avec un dynamisme formidable cette rencontre réunissant plus de mille personnes, parmi lesquelles des investisseurs palestiniens, israéliens, hélas, très peu d’investisseurs français. C’était, franchement, une très bonne surprise.

Quant à Hébron, je connais bien l’endroit. La situation est pitoyable. Je plains les soldats israéliens qui sont chargés de défendre les colons installés dans cette ville. D’ailleurs, le problème de la colonisation et des colonies, que l’on voit dans tout le pays, est caricaturé à Hébron. C’est un des problèmes majeurs. Néanmoins, je crois qu’à ce sujet aussi il y a quelques progrès. Je suis plus optimiste que la dernière fois.

Q - Le Liban, après-demain, c’est une étape importante ?

R - Je crois que cette nouvelle étape au Liban contribue à une nouvelle atmosphère dans la région. Cela appuie peut-être les pourparlers avec la Syrie. De plus, ce qui se passe avec le Hamas par l’intermédiaire des Egyptiens permet de rendre le contexte régional meilleur. La désignation d’un président au Liban est importante. Lors de la réunion de Doha, un accord a été trouvé sur les trois points proposés par la France. Je pense que nous avons bien fait.

Cependant, les problèmes de fond ne sont pas réglés au Liban. Le fait que les communautés s’affrontent, que l’on continue à voter en fonction de l’appartenance à une communauté, ne constitue pas l’idée de la démocratie au sens où je l’entends, mais je ne suis pas libanais. De toutes façons, je crois que la situation est meilleure. Même si l’avenir n’est pas écrit, c’est bien que les Libanais aient un président. Il y aura, également, un nouveau Premier ministre./.


Entretien du Ministre des Affaires étrangères et européennes, M. Bernard Kouchner, avec la chaîne de télévision Al Arabiya

Jérusalem, 23 mai 2008

(Le ministre s’exprime en anglais. Les questions sont en anglais.)

Q - Monsieur le Ministre des Affaires étrangères et européennes, vous avez déclaré hier qu’il y avait une nouvelle atmosphère au Moyen-Orient. L’Etat d’Israël et la Syrie ont déclaré la mise en place de nouvelles négociations avec la Turquie. Comment voyez-vous cela ?

R - Comme vous l’indiquez, il y a une nouvelle atmosphère due non seulement à l’attitude de la Syrie et de l’Etat d’Israël mais également du Liban et d’une certaine façon du Hamas à travers l’Egypte et Israël. Cela fait trois points d’avancée si je puis le dire ainsi. Il y a donc un changement dans l’attitude, dans l’état d’esprit des personnes. Pour le moment, ni du côté israélien, ni du côté palestinien, des déclarations sur les pourparlers n’ont été faites. Ils veulent publier seulement des résultats, donc cela prendra un peu de temps. Honnêtement, ils ne se connaissent pas les uns et les autres. Je veux dire que Abou Mazen ne connaissait pas Ehud Olmert et que Tzipi Livni ne connaissait pas Abou Ala. Cela prend donc du temps, peut-être des mois, c’est une attitude très humaine. Je sais qu’ils ont l’habitude de se rencontrer régulièrement, plus souvent qu’auparavant, et j’espère que des progrès des deux côtés auront lieu.

Q - A votre avis, est-il réaliste qu’ils parviennent à un accord, à des résultats en quelques mois alors que le conflit dure depuis plus de 60 ans ?

R - Ce n’est pas réaliste mais nécessaire. Mais vous avez raison, après tant d’années, après un si long conflit, laissons-leur le temps, donnons de l’espace aux négociateurs. Nous verrons, je ne sais pas si cela sera possible avant la fin de l’année, comme le dit le président Bush. Néanmoins, je sais que les Palestiniens disent déjà qu’ils continueront les négociations avant la fin de l’année et après. Il n’y pas d’empressement à ce sujet, ce qu’ils veulent ce sont des résultats. Ils en sont chargés, je ne le suis pas. Mon pays avec le président Sarkozy veut juste favoriser les négociations dans le but d’obtenir des résultats.

Q - Laissez moi vous poser une question au sujet du Liban. Il y a le sentiment que la France et les Etats-Unis ont laissé tombé le gouvernement de M. Siniora lors de la dernière confrontation avec le Hezbollah et ils disent que c’est la raison pour laquelle ils ont signé l’Accord de Doha et que maintenant le Hezbollah est sans doute politiquement plus fort au Liban.

R - Tout d’abord, nous ne sommes pas les alliés d’une partie libanaise, mais nous soutenons le gouvernement officiel. M. Fouad Siniora était en charge en tant que Premier ministre de l’autorité officielle. Nous étions en faveur de l’élection d’un président et nous avons poussé dans ce sens. Ce qui se passe en ce moment intervient après l’initiative de la France basée sur les trois points présentés à Doha, au Qatar ; ces trois points ont été repris. Nous n’avons pas été aussi mauvais que cela.

Je vous rappelle que nous parlons avec toutes les communautés. J’ai moi-même invité tous les représentants des parties libanaises, du Pacte national, y compris le Hezbollah. Donc, nous ne sommes pas alliés avec le gouvernement officiel de Fouad Siniora, nous sommes, en effet, amis avec le gouvernement officiel, et notamment avec M. Siniora, parce que c’est un homme sincère et dévoué, honnête et courageux, et aussi parce qu’il était seul. Je ne pense donc pas que ce soit lié à la décision qu’ils ont prise ensemble à Doha. Quelle était l’alternative ? Faire la guerre ? Contre le Hezbollah ? Il n’y avait pas d’alternative politique. Je le regrette. C’était un "coup de force".

Je veux une vie démocratique pour mes amis libanais même si ce n’est pas mon pays. Honnêtement, il aurait été préférable de l’atteindre par l’intermédiaire d’élections et d’un dialogue politique. Maintenant, est-il préférable d’avoir une élection ? Je pense que oui. Est-il préférable d’avoir un nouveau gouvernement ? Je ne sais pas. Qui sera élu - à moins que M. Siniora reste ? Je ne sais pas. Est-ce que ce sera quelqu’un d’autre ? Est-ce que ce sera mieux ? Toujours est-il que cette situation offre une chance aux Libanais.

Cependant, le problème de fond n’est pas résolu. Le problème de fond est de savoir quelle sera la relation entre les différentes communautés. Est-il possible d’instituer une démocratie moderne et non pas une démocratie basée sur des clans, des religions, où les groupes se combattent les uns contre les autres ? C’est aux Libanais de répondre à ces questions. Ma réponse est oui, ils doivent le faire. Vous savez c’est un sursaut de survie.

Q - Vous savez, Monsieur le Ministre des Affaires étrangères et européennes, que c’est beaucoup plus compliqué, parce qu’il y a des forces extérieures telles que l’Iran qui influencent le Hezbollah, pensez-vous donc que la France peut aussi avoir un dialogue direct avec le Hezbollah ou avec l’Iran au sujet du Hezbollah ?

R - Nous parlons avec le Hezbollah. Je les ai invités parce qu’ils sont un membre important de la communauté libanaise et que nous soutenons toutes les communautés libanaises, nous ne prenons pas part à un problème interne. L’Iran est un autre sujet, nous essayons de leur parler, au plus haut niveau mais sans résultat. La dernière fois, ce fut à Londres, il y a une quinzaine de jours. Nous, c’est-à-dire les Chinois, les Russes, les Américains, les Allemands, les Britanniques et les Français, avons signé une lettre proposant le dialogue au gouvernement iranien. Nous avons essayé de négocier, ce ne fut pas couronné de succès. Cependant, au même moment, nous avons voté en faveur de sanctions par l’intermédiaire de trois résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et nous proposons des négociations. Dialogue et sanctions, sanctions et dialogue. Si vous avez une autre option, proposez-la.

Q - Peut-être parce que nous lisons aussi dans la presse israélienne de nombreux commentaires selon lesquels dans quelques mois, Israël ou les Etats Unis frapperait peut-être militairement l’Iran. Voyez-vous cela comme une option ?

R - Non, absolument pas. Cette option est un danger parce que, dans l’hypothèse où les Iraniens construisent une bombe nucléaire, ce serait particulièrement dangereux et je sais que des pays ne l’accepteraient pas. En même temps, si M. Ahmadinejad, le président réélu de l’Iran, est capable de supprimer un pays, c’est très dangereux bien évidemment, mais je ne vois pas le danger aussi proche, dans les mois qui viennent. Ce n’est pas ce que les services d’intelligence américains publient, mais je ne sais pas. C’est une perspective et nous devons travailler à endiguer une confrontation dans cette région : Iran, Irak, Syrie, Liban, Israël, Palestine... Mais c’est un long dialogue sur le chemin de la paix.

Merci./.


Point de presse du Ministre des Affaires étrangères et européennes, M. Bernard Kouchner, avec les correspondants de la presse française.

Jérusalem, 23 mai 2008

Q - Que vous a apporté cette visite ?

R - Je crois qu’elle était très enrichissante, pour moi en tout cas et en particulier parce que cette conférence de Bethléem était quelque chose de tout à fait exceptionnel. Personne n’aurait pensé que dans le secteur privé, il y ait plus de mille investisseurs potentiels, un nombre relatif d’Israéliens et un nombre très relatif de Français. Des investisseurs du monde entier et, je crois, un résultat espéré et un progrès formidable pour la construction d’un Etat palestinien.

Pour le reste, je crois que des progrès existent. Selon les uns et les autres, les deux protagonistes, ils sont mesurés, mais ils existent. Les rencontres se font plus nombreuses, les groupes de travail se réunissent, les experts se rencontrent, donc le processus de paix continue. C’est déjà ça quand on voit les difficultés que cela représente sur tous les sujets, le tracé des frontières, les territoires, les réfugiés, Jérusalem, etc.

Le suivi de la Conférence de Paris, tous les deux mois, a connu des hauts et des bas. Nous sommes parfois, comme la dernière fois, plutôt pessimistes. Cette fois-ci, ensemble, nous avons constaté, lors du sommet bien sûr mais aussi sur le terrain, que des progrès existent. Beaucoup moins sur le terrain, c’est vrai, mais tout ce qui se passe entre Naplouse et Jénine, par exemple, ce n’est pas mal. D’après mes interlocuteurs à Hébron, où j’ai rencontré de nombreuses personnes qui venaient de Naplouse, cela fonctionne, même si ce n’est pas encore aussi bien que nous le souhaiterions.

Il y a toujours les check points, il y a toujours les colonies, il y a toujours ces problèmes immenses, mais le Premier ministre, M. Salam Fayyad, le président, M. Mahmoud Abbas, et, de l’autre côté, Mme Tzipi Livni et Ehud Olmert, continuent de se parler et d’avancer, même s’ils ne sont pas d’accord. Ils ne sont bien entendu pas d’accord et les résultats, comme ils ne sont pas définitifs, ne sont pas publiés. Tout le monde s’interroge, moi le premier : que se passe-t-il ? Le chemin de la paix serait-il bloqué ? Je ne crois pas que ce soit complètement vrai.

Q - Vous revenez d’Hébron. Quand vous voyez cette situation...

R - Je l’ai vu dix-huit fois cette situation : elle est caricaturale. Comme je l’ai dit à mes amis là-bas, je plains les soldats israéliens qui sont obligés de défendre ces gens qui occupent, comme une provocation, le milieu de la ville. Voyons, ce ne sont pas cela les problèmes politiques, ce n’est pas celui là. Bien sûr, c’est très émouvant et même insupportable parce que ce centre ville d’Hébron, qui est un des plus beaux centres historiques de l’humanité, est disputé d’une façon sauvage.

Ce qui est grave, c’est l’immense problème de la colonisation. C’est un problème qui est en train d’être traité et je ne pense vraiment pas qu’Hébron, même le centre, soit le problème politique majeur.

Q - Lorsque vous posez des questions à vos interlocuteurs israéliens sur les check points, sur le blocus de Gaza, sur les assassinats extra-judiciaires, que vous répondent-ils ?

R - Ils répondent tout d’abord que cela s’arrange un peu, ce qui est un tout petit peu vrai même si le nombre de check points n’a pas beaucoup diminué. Je vois plus de compréhension chez eux et je pense, comme beaucoup me l’ont dit et pas seulement les Israéliens, que le problème des check points, qui est évidemment pour la vie quotidienne un problème horriblement présent pour les gens, n’est pas le problème majeur.

Ce qui est plus important, finalement, c’est l’état d’esprit, cet état d’esprit sécuritaire qui est en train de disparaître un petit peu, je crois, de la part de mes interlocuteurs israéliens, ainsi que, bien sûr, le problème des frontières, le problème des échanges, le problème des réfugiés. Je crois que le problème des check points, à Naplouse et Jénine, va s’atténuer entre ces deux villes et qu’ensuite, cela s’atténuera autour de ces villes.

C’est trop long, c’est insupportable pour eux bien sûr, mais je ne pense pas que ce soit le problème majeur. On en a fait le problème majeur parce que c’est tellement criant. Il semblerait qu’il y ait 640 check points ; alors, qu’il y en ait quelques-uns uns qui aient été levés n’est pas une grande victoire. Je pense que cela va s’arranger. Pardonnez-moi de revenir sur ce que je disais, mais c’est parce qu’il n’y a pas d’information sur les progrès fait au sommet qu’on s’attache évidemment à la vie quotidienne ; ce qui est légitime, tout à fait légitime et là, il n’y a pas eu de progrès majeurs, c’est exact.

Q - Avez-vous l’impression que les Palestiniens sont désespérés et que ça n’avance pas assez vite ?

R - J’ai l’impression que cela n’avance pas assez vite et qu’ils se le disent. Mais, il y a deux mois, j’avais davantage l’impression qu’ils avaient ce sentiment qu’il n’y avait plus de processus de paix, des deux côtés, aussi bien dans l’opinion israélienne que dans l’opinion palestinienne. Je n’ai plus cette impression, même et surtout parmi ceux qui ont assisté ou qui ont été les acteurs de la formidable Conférence de Bethléem. Vous ne pouvez pas leur dire qu’il n’y a pas d’espoir ; ils en ont plein. Voilà, je suis désolé, cela ne m’appartient pas.

Q - Monsieur le Ministre, pensez-vous que la nouvelle enquête contre le Premier ministre Ehoud Olmert risque de bloquer le processus de paix ou, du moins, de le retarder, de le ralentir ?

R - Je n’en sais rien du tout et n’attendez de moi aucun commentaire à ce propos ; cela regarde les Israéliens et le Premier ministre.

Q - Que pensez-vous des contacts indirects actuellement menés entre Israël et le Hamas ?

R - Il y a aussi un troisième interlocuteur qui est très important, l’Egypte. Les Egyptiens sont en effet partie prenante et je ne sais pas s’ils sont, pour le moment, disposés à mettre en application ce qui semblait décidé entre eux et le Hamas - et aussi les Israéliens -, pour l’ouverture du passage. Il me semble qu’il y a des complications. Quand j’en ai parlé ici au ministre de la Défense, il m’a dit : "Eh bien, écoute, ce matin, une voiture a explosé". Cela signifie donc que ce n’est pas facile.

Je pense, j’espère, que la perspective d’ouverture du passage est un facteur qui fait espérer un peu plus. Joint au facteur libanais et syrien, cela créé un contexte un peu différent. Je ne dis pas que ce sera réussi à chaque fois, je n’en sais rien du tout, mais il semble que cela donne une atmosphère différente. J’ai constaté qu’elle l’était pour tous ceux que j’ai rencontrés.

Q - Monsieur, tout autre chose, la Birmanie, la junte birmane a accepté que l’aide humanitaire puisse entrer dans le pays.

R - Ce que je sais, c’est que le Secrétaire général des Nations unies a dit que les personnels humanitaires pouvaient entrer dans le pays. J’ai demandé ce que cela voulait dire. S’agit-il de tous les humanitaires qui le souhaitent ? S’agit-il seulement de ceux qui sont en correspondance avec des ONG qui sont là bas ?

En tout cas, pour le moment, il n’y a pas d’autorisation et le bateau français, le Mistral, est toujours bloqué à l’endroit où on aurait besoin de lui. Nous ne sommes plus seuls, il y a là-bas, je crois, trois bateaux américains.

Evidemment, on ne va pas entrer dans les eaux territoriales parce qu’on ne veut pas créer d’incident. Nous sommes juste devant, là où cela va mal, c’est à dire le delta d’Irrawaddy. Il y a donc deux solutions : ou nous irons décharger ailleurs les mille tonnes d’aide humanitaire, c’est à dire en Thaïlande ou des hélicoptères pourraient venir se poser sur le Mistral. Il n’y a aucun problème, mais je ne sais pas si ces hélicoptères seront autorisés à effectuer des rotations en face, dans les îlots où les gens sont isolés. Il y a finalement ces deux alternatives.

Il est prévu une conférence des donateurs, ce qui est quand même le comble, n’est-ce pas ? Les donateurs se rencontreront dimanche à Rangoon pour dire quelle somme ils vont donner à la Birmanie qui refuse l’aide que nous avons déjà payée et qui est juste devant eux. Il y a une situation paradoxale, vous avez vu comment je mesure mes mots. Je ne sais pas ce qui va se passer. En tout cas, dimanche soir, nous, nous aurons pris une décision car nous ne pouvons pas laisser ce bateau, les Américains et tous les autres bateaux qui nous rejoindront non plus, c’est impossible. Ce riz sera utilisé soit par les agences des Nations unies soit directement par le PAM. Nous avons exploré deux ou trois solutions et nous prendrons, je crois, une décision dimanche.

Q - Monsieur le Ministre, le Liban demain, un grand jour ?

R - Ce n’est pas demain, c’est après-demain. Ce n’est pas un grand jour mais c’est un jour attendu. Peut-être, selon une autre configuration, eut-il mieux valu que le Hezbollah ne prenne pas la moitié de Beyrouth pour se faire entendre avec force.

En tous cas, Michel Sleimane, apparemment, enfin je l’espère, sera élu dimanche comme il est le candidat de consensus de l’opposition et de la majorité. Et puis, il y aura la désignation d’un Premier ministre - je ne sais pas lequel - et la formation d’un gouvernement avec une représentation - acceptée à la conférence de Doha -, qui n’était pas exactement celle qui était proposée, mais c’est l’affaire des Libanais.

Je me réjouis quand même, pour y avoir beaucoup participé, que les trois points sur lesquels la France était d’accord avec les protagonistes, avec l’opposition et la majorité, soient les trois points de Doha. C’est mieux que de se faire la guerre et il y a quand même eu, à Beyrouth, plus de 60 morts et 200 blessés. Cela ne pouvait pas basculer davantage encore. Les chrétiens, qui sont divisés ce qui n’est pas un mince événement, ont été assez sages pour ne pas intervenir. Je pense que pour le moment c’est un progrès. En tous cas, cela va dans un bon sens. Nous verrons bien. Rien sur le fond ne me semble réglé, mais c’est mieux d’avoir un gouvernement et un président.

Q - Pour revenir au conflit israélo-palestinien, vos interlocuteurs palestiniens mettent la faute sur les Israéliens ou sur la lenteur des progrès qui sont accomplis ?

R - En particulier sur les colonies de peuplement, bien sûr, mais c’est un obstacle qu’ils ont soulevé dès le début. C’est un des grands problèmes qui, je l’espère, sera réglé. Je ne sais pas exactement comment mais cela viendra après les discussions entre les experts et entre les quatre dirigeants qui mènent la discussion. Comment ? Je n’en sais rien exactement. Par un échange ? J’ai beaucoup apprécié la proposition qui a été faite à cet égard. J’ai rencontré Yossi Beilin, Colette Avital et d’autres membres du parti travailliste et ils m’ont parlé de cette proposition de départ volontaire de certains colons contre une indemnisation - ils m’ont parlé d’un nombre important : 10.000 à 20.000. Il n’est pas question de les forcer, ce n’est pas du tout dans le dispositif ni dans le projet de loi qui va être déposé à la Knesset. Je crois que ce serait un très bon signe pour montrer que la situation va évoluer. Si c’était possible, ce serait un excellent signe. J’en ai parlé à Ehud Barak, par exemple, et à d’autres personnages importants qui sont d’accord et je pense donc que ce projet de loi sera déposé.

Q - Est-il vrai que les députés et les parlementaires israéliens ont demandé à l’Union européenne de participer à la compensation des colons ?

R - Non, ils ne l’ont pas demandé mais après tout nous avons de l’argent. Mais la compensation des colons, ce n’est pas seulement ça, ça ne serait pas possible car l’argent qui a été réservé pour des projets lors de la Conférence de Paris, c’est de l’argent réservé pour des projets qui seraient palestiniens. Mais après tout, qu’est ce qu’on ferait de ces maisons ? Il n’est pas question de les détruire. C’est tout à fait différent de Gaza. A Gaza, on n’avait pas proposé, on a indemnisé les colons après et je crois les colons ne voulaient pas être indemnisés : ils ont détruit leurs maisons, y compris la synagogue. Justement, c’est pour manifester un état d’esprit complètement différent. Moi je trouve que ce projet de loi est très intéressant. Qu’on puisse y participer ou pas, moi, je n’en sais rien du tout. Encore une fois, c’est de l’argent qui a été réservé pour les Palestiniens.

Q - Y a-t-il du nouveau sur le dossier du soldat Gilad Shalit ?

R - Pas à ma connaissance. Pour la première fois, je n’ai pas rencontré les parents de Gilad Shalit. Je ne sais pas si j’aurai le temps de le faire. D’habitude, je les rencontre toujours. En tous cas, ce sont les Egyptiens, en particulier, qui étaient responsables de la négociation actuelle avec le Hamas et je n’ai pas de nouvelles précises.

Q - Monsieur, c’est la quatrième fois que vous venez depuis le mois de septembre. Est-ce que vous avez l’impression que cela a un peu bougé, êtes-vous satisfait ?

R - Je ne suis pas satisfait du tout mais j’ai l’impression que les choses ont bougé. Je ne suis pas satisfait parce que je suis trop impatient. J’ai apporté trop d’espoir à la Conférence d’Annapolis, ce qu’on en a fait après avec la Conférence de Paris. La Conférence de Paris était exaltante. La façon dont les gens intervenaient était... ils parlaient politiquement. Ce n’était pas seulement un chiffre qu’ils donnaient. Ils avaient l’espoir. J’ai des souvenirs émus de ce qu’a dit le Sénégal ou Chypre. Ils y croyaient. Alors, on y croit encore même si nous avons eu le temps d’être déçus. Peut-être est-ce stupide parce qu’après tout, un conflit qui dure depuis tant d’années, qui a été retourné dans tous les sens, toutes les tentatives de paix qui ont été faites, cela prenait beaucoup plus de temps que ce qui s’est passé là. Je suis donc impatient mais, en même temps, relativement satisfait de la façon dont le processus se poursuit.

Q - Monsieur le Ministre, cette semaine, lors d’un colloque, plusieurs ambassadeurs se sont interrogé sur les relations entre la France et Israël et notamment sur l’ère Sarkozy. Pensez-vous qu’il y a un changement, dans quelle mesure y aurait-il un changement, dans les relations entre la France et Israël depuis la présidence de M. Sarkozy ?

R - D’abord il y a un changement dans la manière de faire, d’être au côté des gens, de rester plus longtemps, de revenir, d’être avec eux, aussi bien les Israéliens que les Palestiniens. D’ailleurs, il n’y a pas un voyage en Israël qui ne s’accompagne d’un voyage en Palestine. Il y a un changement parce que nous avons décidé, de façon volontariste, que la ConférencedeParis se tiendrait au lieu dit : Paris. Et puis nous avons beaucoup investi : sentimentalement, politiquement. C’est plus facile d’être reconnu comme des amis de part et d’autre, sans arrière pensée je le crois, et cela permet donc de parler franc. Donc, nous parlons franc. Nous n’avons jamais caché à nos amis israéliens que les colonies ne pouvaient être tolérées plus longtemps, que ce n’est pas possible, que ce sera un obstacle. Nous l’avons dit clairement. Je l’ai répété aujourd’hui.

Le problème se pose, ils le savent et ils ne parlent que de cela. Ils en parlent sans faire état des progrès parce qu’il semble que sur cet aspect précis les progrès soient lents. Mais ils sont décidés, j’en ai parlé à Abou Mazen, hier, et il m’a dit qu’ils avaient été échaudés quand on a publié les progrès à Madrid. Je pense que c’est leur façon de travailler. Ils sont tout à fait responsables de ce qu’ils font. En tous cas, c’est plus facile.

Qu’est ce qui a changé ? Nous sommes très bien reçus dans le monde arabe et nous sommes très bien reçus en Israël. Est-ce que cela veut dire que tout est clair entre nous ? Non. Ce veut dire qu’on le dit clairement ; c’est autre chose. Sur bien des points, on a le droit d’être en désaccord. Ce n’est pas un désaccord parfait mais c’est plus facile, franchement. On parle plus clairement, les arrières pensées n’existent pas, le langage n’est pas le même. Peut-être est-il un peu plus moderne.

Q - Pour en revenir à ma question de tout à l’heure, avec M. Olmert tout risque d’être bloqué. Tout le processus risque d’être bloqué ?

R - Si j’avais une réponse, d’abord, je ne le dirais pas. Le Premier ministre et la justice israélienne en savent plus que moi. Franchement, je constate que oui cela pourrait... Mais il y a bien des choses qui pourraient bloquer le processus. Et d’ailleurs, à ce propos, mes interlocuteurs palestiniens s’en soucient également et ils ont répondu : "nous avons commencé une négociation avec quelqu’un et nous souhaitons la finir avec la même personne". Je comprends cela très bien mais je n’ai pas de renseignement précis. Je souhaite que cela se passe vite et bien. Pour qu’un processus de négociation aboutisse, il faut que s’installe entre les gens une véritable alchimie et je crois que c’est le cas. C’est d’ailleurs peut-être qui ce fait le changement de ton. Cela met du temps. Il faut quelques mois pour devenir familier. Au début, ils se voyaient une fois tous les 15 jours, ce n’était pas suffisant. Désormais, ils se voient assez régulièrement, parfois deux fois par semaine. Tzipi Livni et Abou Ala font la même chose. Ils se sont découverts, ils ne se connaissaient pas non plus.

Merci./.


Entretien du Ministre des Affaires étrangères et européennes, M. Bernard Kouchner, avec le quotidien "Al Ayyam"

Paris, 22 mai

Q - Cela fait 5 mois que la Conférence de Paris s’est tenue, aujourd’hui la Banque mondiale et le FMI disent que les Palestiniens s’en sortent bien dans la mise en place des réformes et que les Israéliens sont un peu moins engagés dans leurs obligations, quant aux donateurs, ils sont lents à faire parvenir leurs promesses. Selon la France, qu’est ce qui peut être fait afin d’assurer la réalisation des objectifs fixés à chaque partie, et notamment du côté des Israéliens. De façon générale, êtes-vous satisfaits de la mise en place par les différentes parties des décisions issues de la Conférence de Paris ?

R - Le suivi de la Conférence de Paris permet de constater que l’Union européenne et les Etats-Unis se sont fortement mobilisés. Plus de 700 millions USD ont d’ores et déjà été versé à l’Autorité palestinienne, ce qui est exceptionnel et montre l’appui de la communauté internationale au projet de création d’un Etat palestinien. J’invite maintenant les pays qui n’ont pas encore versé leur aide à le faire rapidement et à convertir une partie de leur aide-projet en aide budgétaire.

Je salue les réformes entreprises par Salam Fayyad. Il a su équilibrer les contraintes économiques et budgétaires avec les impératifs de justice sociale. Il faut poursuivre dans cette voie.

Israël maintenant doit faire plus pour aider l’Autorité palestinienne notamment à exercer son autorité sur son territoire. La levée immédiate de check-points significatifs est essentielle dans ce cadre afin notamment que la police palestinienne puisse travailler et que l’économie puisse redémarrer. Le suivi de la Conférence de Paris consiste ainsi à passer des messages auprès des responsables pour que les conditions sur le terrain évoluent afin de permettre la mise en œuvre des projets financés par cette conférence.

Le suivi de la Conférence de Paris s’inscrit dans la dynamique d’Annapolis avec comme objectif la signature d’un accord de paix avant la fin 2008 et la création d’un Etat palestinien.

Q - Vous assisterez à la conférence de Bethléem. Les Palestiniens espèrent obtenir du secteur privé, qu’il soit local, régional et international un engagement financier dans l’actuel processus. Les investisseurs, comme dans n’importe quelle région du monde, ont besoin d’une situation sûre et non risquée pour pouvoir investir. Que pensez-vous de l’importance de cette conférence et de ses liens avec la Conférence de Paris ? Comment pourriez-vous encourager le secteur privé à s’engager dans ce processus ? Y-aura-t-il des déclarations françaises lors de cette conférence ?

R - La conférence de Bethléem est conçue comme s’inscrivant dans la suite de la conférence de Paris. Nous avions proposé qu’un moment soit réservé le 17 décembre au secteur privé. Salam Fayyad a préféré, à juste titre, qu’un événement à part entière soit organisé en Palestine même.

Je souhaite, par ma présence, saluer et encourager, le potentiel du secteur privé palestinien et rappeler l’impératif d’une amélioration de la situation sur le terrain, notamment en termes de liberté de circulation. J’ai rencontré des entrepreneurs palestiniens de grands talents qui malgré toutes les difficultés parviennent à maintenir une activité économique.

Enfin la conférence de Bethléem montrera que le plan de réforme et de développement de l’Autorité palestinienne comprend de nombreux projets concrets qu’il faut maintenant mettre en œuvre à travers un renforcement de la coopération israélo-palestinienne et des partenariats publics-privés.

J’encourage les entreprises françaises et européennes à venir faire des affaires en Palestine. C’est dans leur intérêt car il existe de réelles opportunités pour elle et c’est dans l’intérêt de la paix car ces activités créent des emplois et améliorent la vie quotidienne des Palestiniens. Mais ne nous cachons pas les choses : pour obtenir 6, 7, 8 % en Palestine de croissance par an, la condition première est la fin de l’occupation.

Q - Six mois se sont écoulés depuis la Conférence d’Annapolis, beaucoup de personnes commencent à perdre espoir dans le fait qu’un accord puisse être obtenu d’ici la fin de l’année. Est-ce que vous partagez le pessimisme de ces personnes ? Selon la France qu’est ce qui peut être fait pour accélérer ce processus en vue d’atteindre les objectifs ? Qu’est ce qui peut rendre l’accord possible ?

R - Si l’on regarde le terrain, nous avons des raisons d’être sceptique. La vie de tous les jours ne change que très lentement, cela crée des frustrations et des rancœurs. Dans le même temps, les dirigeants nous disent que les négociations permettent d’évoquer l’ensemble des questions du statut final. Je pense que les peuples israélien et palestinien, la région et le monde entier, ont besoin d’une avancée historique.

La méthode des petits pas est utile et la France contribue à la mise en œuvre de projets concrets mais il faut aussi des avancées décisives. Pour faire aboutir le processus, la France dit aux Israéliens et Palestiniens : vous n’êtes pas seuls, les décisions courageuses que vous devez prendre sont difficiles mais nous vous aiderons. La France et l’Union européenne sont disponibles pour, au-delà du simple soutien économique, apporter leur contribution à la mise en œuvre d’un accord. L’Union européenne est crédible. Nous sommes un acteur majeur de la région. Lorsque l’Union dit qu’elle peut aider à créer les conditions d’un accord cela doit inciter les Israéliens et les Palestiniens à avancer plus vite.

Q - La France, les Etats-Unis, le Quartet et le monde entier continuent de dire que le processus de colonisation est un obstacle à la paix et qu’il devrait être arrêté, cependant Israël répond négativement en continuant ses activités de colonisation. Cela signifie-t-il que le monde n’a aucun pouvoir pour l’arrêter ? Etes-vous satisfait du travail trilatéral d’Annapolis à ce sujet parce que la colonisation se poursuit, que les institutions de Jérusalem-Est n’ont pas été réouvertes et que les check points sont toujours en place ?

R - Le développement de la colonisation par Israël est un des principaux obstacles à la paix. La France, comme les Etats-Unis d’ailleurs et l’ensemble de la communauté internationale, demande officiellement à Israël de cesser toute activité de colonisation pour montrer son véritable engagement en faveur de la création d’un Etat palestinien viable et de la paix au Proche-Orient.

Le mécanisme de suivi mis en place à Annapolis permet d’avoir un état précis de la situation sur le terrain. Nous connaissons les faits, nous savons effectivement que la colonisation se poursuit, que les check-points sont toujours trop nombreux et que les institutions de Jérusalem-Est n’ont pas été réouvertes. L’Union européenne a d’ailleurs contribué à alimenter ce mécanisme en apportant des éléments factuels sur une base très régulière.

Maintenant, il faut aller au-delà du simple constat partagé par tous et évaluer les responsabilités de chacun afin d’inciter à un rapide changement de la situation sur le terrain. Il est urgent de changer cette réalité pour que les peuples croient au processus. Nous n’avons pas d’autre alternative.

Alors, que pouvons nous faire ? Lors de mon déplacement, je me rendrai sur le terrain à Hébron pour constater notamment les efforts de la colonisation et je rencontrerai les membres de la Knesset qui ont proposé le projet de loi "évacuation-compensation", pour insister sur l’importance du gel par Israël de la colonisation.

Q - Pensez-vous que la politique de blocus de Gaza, après un an de blocus total, est vouée à l’échec ?

R - Le blocus de Gaza doit cesser. Cette stratégie est vouée à l’échec. La population souffre et cette situation est moralement intenable. Il faut en sortir.

Les tirs de roquettes doivent cesser. Les attaques terroristes entraînant des victimes civiles contre les points de passage sont injustifiables. De même Israël doit cesser les exécutions extra-judiciaires qui sont contraires au droit international. Le retour au calme permettra de trouver des solutions pratiques pour la réouverture des points de passage. L’Union européenne a déjà dit qu’elle était prête à redémarrer la mission EUBAM à Rafah. La France est prête à examiner toute proposition en ce sens.

Q - Il a été noté que vous avez rencontré la famille de Marwan Barghouti lors de votre récente visite, quelle importance pensez-vous que cet homme a ?

R - J’ai souhaité effectivement rencontrer l’épouse de M. Barghouti pour lui témoigner la sympathie de la France et lui dire que la France souhaitait la libération de Marwan Barghouti. Il a joué un rôle utile notamment pour inciter le Hamas à respecter les principes du Processus de paix. Je souhaite qu’il puisse continuer à le jouer. Pour créer un choc de confiance dans l’opinion publique, la France estime qu’un plus grand nombre de prisonniers notamment les élus, les femmes et les enfants doivent être libérés.

Q - Dernière question, concernant le Liban, avez-vous été choqué des récents évènements, que ce soit l’attitude du Hezbollah ou du gouvernement ? Pensez-vous qu’il soit possible d’obtenir un accord sur l’élection en tant que président de Michel Sleiman ?

R - J’ai bien sûr été extrêmement préoccupé par les violences qui ont endeuillé une nouvelle fois le Liban ces derniers jours. L’engrenage de la guerre civile allait-il s’enclencher ? Il fallait l’éviter à tout prix. Avec les amis du Liban, nous n’avons pas ménagé nos efforts pour appeler toutes les parties à cesser immédiatement les combats et à reprendre la voie du dialogue. Je veux saluer notamment le gouvernement et l’armée libanaise, qui ont agi de façon responsable, dans l’exercice de leurs missions et prérogatives constitutionnelles, notamment de préservation de la stabilité et de la sécurité du pays.

La médiation de la Ligue arabe et l’action de l’Emir et du Premier ministre du Qatar ont permis de trouver une solution. Je suis personnellement très heureux de cette issue à laquelle je n’ai cessé d’œuvrer et qui consacre une nouvelle fois le principe de l’élection à la présidence de la République du candidat de consensus, Michel Sleimane. Cette élection, que la France appelle de ses vœux depuis novembre dernier, doit être le signal du retour à un fonctionnement normal des institutions de l’Etat. Il appartient maintenant aux représentants libanais de s’entendre pour procéder rapidement à l’élection présidentielle, à la formation d’un gouvernement d’union nationale et à la rédaction d’une nouvelle loi électorale./.


Blocus de Gaza Communiqué du Ministère des Affaires Etrangères et Européennes

La France déplore vivement la décision prise par le gouvernement israélien de mettre en oeuvre le blocus de Gaza qui a pour conséquence, notamment, la coupure de l’alimentation en électricité.

Nous exprimons notre très vive préoccupation face à la situation humanitaire à Gaza. Les mesures mises en oeuvre conduisent à punir collectivement l’ensemble de la population civile, déjà très affectée.

La France appelle à la réouverture des points de passage et à la reprise immédiate des livraisons de fioul afin de permettre le redémarrage de la centrale électrique.

La France réitère sa condamnation de toutes les formes de violence et appelle avec la même fermeté à la cessation des tirs de roquettes. Il n’y a pas de solution militaire à cette situation./.


Sommet d’Annapolis, réponse du Ministre des Affaires Etrangères et Européennes, M. Bernard Kouchner, à une question d’actualité à l’Assemblée Nationale

(Paris, 28 novembre 2007)

Après bien des conférences dont vous avez retenu le nom - Madrid voilà douze ans, puis Oslo et l’initiative de Genève, ainsi que les rencontres de Camp David et d’autres conférences aux Etats-Unis -, qu’y a-t-il de nouveau avec Annapolis ? C’est, je crois, le moment particulier de cette rencontre et, surtout, ce dialogue entre M. Ehud Olmert et M. Abou Mazen, qui était ‑ passez-moi l’expression - ce qu’on pouvait faire de mieux en ce moment. Ces deux hommes, faibles l’un et l’autre dans leur propre camp, dans leur gouvernement, se sont découverts et ont bâti cette connivence. Autour de cette découverte, ils ont rassemblé hier l’ensemble des pays du monde.

Vous pouvez ne pas y croire, mais vous pouvez aussi accorder aux gens qui ont négocié, c’est-à-dire aux représentants du peuple palestinien et des Israéliens, au moins une petite chance. Après tout, si ça réussissait ? Et ça va peut-être réussir.

Le document, que voici, est très mince : il dit simplement que la négociation pour la création d’un Etat palestinien viable est ouverte et doit se prolonger jusqu’à la fin 2008, avec des groupes de travail qui, mêlant Palestiniens et Israéliens, et eux seuls, travailleront sur toutes les questions très difficiles que sont, par exemple, le statut de Jérusalem, les frontières, la sécurité ou l’eau.

Il a en effet été question des colonies de peuplement. A cet égard, à la veille de la Conférence d’Annapolis, le Premier ministre israélien a décidé de geler toutes les implantations et de démanteler les implantations illégales. C’est là encore une chance.

En revanche, il faut aussi assurer - et nous allons le faire - le développement économique de ce qui doit être l’Etat palestinien. Reconnaissez tout de même que ce serait un événement considérable s’il y avait, dans un an, un Etat palestinien à côté de l’Etat israélien.

Je pense que ce serait le début du triomphe.

Nous allons organiser le 17 décembre à Paris, à la demande des Palestiniens, une conférence des donateurs, avec M. Tony Blair, l’Union européenne et le ministre des Affaires étrangères norvégien, afin de tenter de trouver l’argent pour que la vie quotidienne des Palestiniens change : dans le domaine de l’administration, tout est à construire, comme dans celui de la circulation, où il faudra en outre lever les barrages, ainsi que, je le répète, dans celui de la sécurité. C’est une chance que nous ne devons pas manquer.

En tout cas, ne soyez pas plus palestiniens que les Palestiniens, plus israéliens que les Israéliens : eux, ils sont contents./


Conférence d’Annapolis sur le Proche-Orient, séssion consacrée à la réforme institutionnelle. Discours du Ministre des Affaires Etrangères et Européennes,M.BernardKouchner

Laréuniond’aujourd’hui inaugure un nouveau cycle politique, diplomatique et économique. Elle inaugure un temps nouveau, un temps d’espoir et de progrès qui aboutira, je l’espère, à la création d’un Etat palestinien viable avant la fin 2008. Nous connaissons maintenant le chemin et le calendrier pour atteindre cet objectif. Une dynamique est lancée : il nous faut la soutenir concrètement.

Cet espoir nouveau, nous le devons avant tout aux dirigeants israéliens et palestiniens, au premier chef MM. Olmert et Abbas. Ce sont leurs efforts incessants pour maintenir et approfondir le dialogue puis les négociations qui l’ont rendu possible. L’essentiel dépend d’eux. Mais la communauté internationale a également un rôle à jouer.

Nous devons collectivement prendre toute notre part dans ce processus historique et fondamental : la création d’un Etat palestinien viable. C’est la raison pour laquelle, à la demande des autorités palestiniennes, le président de la République française a décidé d’accueillir à Paris, le 17 décembre, une Conférence internationale des donateurs pour les Territoires palestiniens.

Cette conférence des donateurs sera la plus importante depuis celle qui s’est tenue à Paris en 1996. Elle est organisée en étroite coopération avec l’Autorité palestinienne, le représentant du Quartette, Tony Blair, les Norvégiens, qui président le Comité de liaison ad hoc des donateurs (AHLC) et la Commission européenne, l’Union européenne étant le premier bailleur aux Territoires palestiniens.

Nous souhaitons la participation la plus large possible. L’implication concrète - et financière - de l’ensemble la communauté internationale sera en effet déterminante. Elle le sera bien sûr pour atteindre un objectif chiffré. Mais l’ambition de la Conférence de Paris est plus large. Il s’agira également de prendre les premières décisions concrètes, et d’abord d’apporter un soutien budgétaire qui permettra à l’Autorité palestinienne de répondre aux besoins les plus pressants. Il s’agira ensuite de définir une liste de projets économiques susceptibles d’être mis en œuvre immédiatement. Il s’agira enfin, et cela sera déterminant, de prévoir un mécanisme de suivi de l’utilisation de cette aide. D’une manière plus générale, Paris doit accompagner la détermination des Palestiniens à poser les fondements concrets de leur Etat.

Le Premier ministre, Salam Fayyad, nous a présenté un plan de réforme des institutions palestiniennes et de soutien à la croissance. Ce plan, le premier de ce type, est très solide. Il trace un chemin pour l’Autorité palestinienne. Il parvient à articuler des objectifs de court terme et de moyen terme de manière à la fois ambitieuse et réaliste. Il fait preuve de volontarisme et de sagesse budgétaire. Ce plan, je n’en doute pas, sera endossé par les conseils du FMI et de la Banque mondiale la semaine prochaine.

Ce plan confirme en particulier que l’Etat palestinien, pour être viable, doit pouvoir s’appuyer sur une continuité territoriale, une économie ouverte, des institutions fortes et indépendantes et des infrastructures efficaces. Notre soutien devra permettre d’accompagner les efforts de l’Autorité palestinienne en ce sens, notamment en lui fournissant les moyens d’assurer le respect de la loi et de l’ordre sur son territoire.

Les efforts de chacun seront nécessaires. Les services de sécurité palestiniens doivent se réformer et gagner en professionnalisme. Parallèlement à leur déploiement et à leur renforcement, l’armée d’Israël devra de son côté se retirer graduellement de la Cisjordanie. L’amélioration de la liberté de circulation est en effet une priorité. Sans elle, il est illusoire d’espérer une relance économique des Territoires palestiniens. On ne fait pas de commerce en vase clos.

Enfin, n’oublions pas Gaza. La Conférence de Paris est une conférence de soutien à l’ensemble des Territoires palestiniens. L’isolement de Gaza comporte des grands risques humanitaires et sécuritaires. C’est pourquoi notre soutien économique et financier portera également sur Gaza. Avec l’Autorité palestinienne et les organisations internationales, nous y développerons des projets économiques destinés à améliorer les conditions de vie de la population. Les points de passage devront être rouverts pour permettre la respiration de l’économie de ce territoire.

Au total, c’est un pari et un défi que nous lançons aujourd’hui. Annapolis est un point de départ qu’il nous faut faire fructifier. L’espoir est né, il faut maintenant lui répondre. Je vous donne rendez-vous à Paris dans moins de trois semaines pour concrétiser ce soutien à la dynamique de paix qui s’est enclenchée aujourd’hui./.


Déplacement dans les Territoires Palestiniens, Point de Presse du Ministre des Affaires Etrangères et Européennes, M. Bernard Kouchner, avec les correspondants locaux de la presse française

(Ramallah, 18 novembre 2007)

Q - La Conférence d’Annapolis et la Conférence de Paris approchent. On a vu ce qui s’est passé à Gaza lundi dernier, est-ce qu’il est possible de faire la paix avec la moitié des Palestiniens seulement ?

R - Ce n’est pas moi qui décide, ce sont les Palestiniens, ce sont les Israéliens. Arrêtons de nous mettre à la place des autres, aidons-les à prendre leurs décisions. Il se trouve - et la manifestation dont vous parlez, à Gaza, s’est soldée par des morts et des blessés - que les Palestiniens sont encore fortement opposés les uns aux autres.

Je ne suis pas cynique, je pense qu’il faut absolument se dépêcher. Il ne faut pas abandonner les populations de Gaza. D’ailleurs, l’Union européenne et la France ne les abandonnent pas même si l’aide humanitaire n’est pas suffisante. Il faudra, bien sûr, un règlement politique et les Palestiniens parlent déjà de référendum. Je sais que c’est impossible maintenant. Ce qui est possible, c’est d’obtenir à Annapolis qu’il y ait le début d’un espoir pour un Etat palestinien, auquel nous songeons et nous rêvons tous - surtout les Palestiniens, évidemment -, depuis des dizaines d’années.

Ensuite, et ce n’est pas un hasard, après la Conférence d’Annapolis - dont je ne connais pas l’issue -, aura lieu, 15 jours après, la Conférence de Paris sur l’aide aux Palestiniens. Nous avons choisi cette date très proche, directement liée à Annapolis, Tony Blair, le Quartette, l’Union européenne, Mme Benita Ferrero-Waldner, les Norvégiens et la France, afin qu’ensuite, trois semaines après, il y ait le début de la mise en œuvre de dispositions destinées à améliorer les conditions de vie des Palestiniens, en Cisjordanie, certainement, mais aussi à Gaza.

Je suis très heureux que M. Fayyad, le Premier ministre palestinien ait été capable, en moins de trois semaines, de nous remettre un document très important que nous étudions, qui est un début, bien sûr, de propositions pour que l’aide internationale serve à quelque chose. Nous allons soumettre ce document à la Banque mondiale. Nous verrons ainsi, à la Conférence de Paris, que les Etats, mais aussi les fondations et le monde des affaires, qui ont déjà promis de l’argent, et ceux qui, je l’espère, formuleront de nouvelles promesses, sont capables de choisir des projets qu’ils suivront et qui seront mis en œuvre par les Palestiniens. C’est une méthode très différente ; l’argent ne sera pas donné sous la forme de chèques à l’Autorité palestinienne. Ils seront impliqués dans la réalisation des projets. La communauté internationale sera associée au contrôle permanent - pardon pour ce mot - de l’utilisation des fonds et, évidemment, nous rendrons compte aux donateurs. C’est une méthode un peu différente de ce qui a été fait avant et qui les avaient découragés.

Q - Mais est-ce que vous croyez qu’il est possible de construire des institutions et de bâtir une économie dans un pays qui est sous occupation ?

R - Oui, je le crois, parce que cette occupation, je l’espère, va céder la place, au fur et à mesure, à la responsabilité des Palestiniens. Je pense que dès qu’il y aura un espoir - et je ne dis pas que cela ne prendra pas plusieurs mois, bien entendu -, des institutions seront mises en place.

Vous verrez, demain, ensemble, Tony Blair, Ehud Barak et Salam Fayyad, mettre devant les Palestiniens le projet et la mise en œuvre du projet des "Quick impacts projects". Cela va être fait demain et ce sera un signe supplémentaire que les choses vont changer.

Rien n’est idéal. Il vaudrait mieux avoir un pays qui se développerait tout seul, qui ne ferait pas appel à la communauté internationale, qui serait libre de ses mouvements : ce n’est pas le cas. Est-ce que cela veut dire que nous allons renoncer ? Sûrement pas, au contraire. Cela nous pousse à faire de la Conférence de Paris - d’Annapolis d’abord, mais là nous n’en sommes pas responsables -, nous les Français, avec une autre méthode, une conférence et un espoir réussi. Les Palestiniens sont d’accord avec nous ; ne soyons pas plus palestiniens que les Palestiniens, c’est une tentation que je connais bien.

Q - Vous savez très bien que l’opinion publique palestinienne n’y croie pas du tout !

R - Je sais très bien que vous vous trompez parce que je constate que, depuis trois ou quatre mois, il n’y a pas eu d’incident majeur et c’est très important. Même pour Naplouse, il n’y a pas eu d’incidents majeurs et je condamne votre pessimisme. J’espère que vous n’aurez pas raison.

Q - Quel est le sens de la collecte d’un montant aussi important d’argent par la communauté internationale alors qu’elle n’est pas capable d’obtenir d’Israël la levée du moindre check point en l’espace de 6 mois ?

R - Il y a sept ans qu’ils ne se sont pas parlés. Il y a sept ans et, entre temps, il y a eu l’Intifada, il y a eu des affrontements terribles, il y a eu des attentats suicides, etc.

Donnez un peu de respiration aux possibilités, aux espoirs et aux rêves, on verra bien. Il y a des possibilités. Je connais plein de missions de paix qui ont commencé dans la guerre, d’ailleurs, c’est ce qui les caractérise, en effet ? N’est-ce pas ? Je connais aussi de l’espoir qui a été donné et même des paix réussies.

Q - Monsieur le Ministre : sur le Liban ?

R - J’y vais ce soir. Nous n’avons pas encore pris la décision, mais je pense que nous allons y aller ce soir. Si ce n’est pas ce soir, ce sera de toute façon mardi. La situation n’est pas simple non plus./.


Déclaration commune du Ministre des Affaires Etrangères et Européennes, M. Bernard Kouchner, de l’envoyé spécial du Quartette au Proche-Orient, M. Tony Blair, et du Ministre des Affaires Etrangères du Royaume de Norvège, M. Jonas Gahr Stoere

(Paris, 17 octobre 2007)

La France accueillera une conférence des donateurs consacrée à la Palestine à la fin de l’année, comme l’a souhaité le président Abbas.

M. Tony Blair et la Norvège co-présideront cette conférence avec la France : M. Tony Blair en sa capacité de représentant spécial du Quartette et la Norvège en tant que présidente du Comité de liaison ad-hoc (AHLC).

Cette conférence a pour but de mobiliser les donateurs

publié le 30/06/2008

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