Des gendarmes au Proche-Orient

La mission de l’Eubam au poste de frontière de Rafah

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Sous les tirs quotidiens de roquettes, trois gendarmes français participent à une mission de contrôle et d’observation pour assurer la libre circulation des personnes à Rafah, seul point de passage entre la Bande
de Gaza et l’Egypte. À la frontière de l’espoir et du chaos.

Le 17 août 2005, le gouvernement israélien a ordonné à l’armée et à la police l’évacuation des implantations juives de la Bande de Gaza, dans la poursuite des efforts pour l’application de la feuille de route pour la paix initiée par le quartet États-Unis, ONU, Russie et Union
européenne.
Ainsi, le 12 septembre 2005, les troupes israéliennes ont quitté le territoire de Bande de Gaza après 38 ans d’occupation.

Dans le cadre de l’accord conclu entre l’Autorité palestinienne et Israël à l’issue de ce désengagement, l’Union européenne a accepté de jouer le rôle de tierce partie et de créer le 24 novembre 2005, la mission d’assistance European union border assistance mission (Eubam) à la frontière de Rafah vers l’Egypte, il
s’agit là d’une mission inédite.

Parmi les pays arabes, seules l’Égypte, la Jordanie et l’Autorité palestinienne ont officiellement reconnu l’État d’Israël. Cela explique pour beaucoup la situation
complexe et difficile de cette zone stratégique. Il faut rappeler qu’Israël est un pays toujours en guerre : au sud, les roquettes Kassam des factions armées palestiniennes pleuvent quotidiennement sur les villes proches du mur de
séparation, au nord, la crise avec le Liban et le Hezbollah continue, plus à l’est les tensions avec la Syrie subsistent.
Israéliens et Palestiniens sont toujours en conflit, souvent violent.

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L’Eubam, véritable outil de gestion civile des crises, est chargée de contrôler, vérifier et évaluer les performances des Palestiniens dans leur gestion au quotidien du terminal du poste frontière de Rafah.

En effet, l’Autorité palestinienne s’est vue pour la première fois confier la maîtrise totale du point de passage de la frontière de Rafah, entre la Bande de Gaza et
l’Égypte qui constitue la seule ouverture sur le monde extérieur pour les 1,4 million d’habitants.

D’autres points de passage existent sur la Bande de Gaza, à Kerem Shalom, Erez, Sufa, Carni. Ils sont tenus par les
Israéliens et servent uniquement à des fins humanitaires, l’importation de marchandises ou de nourriture mais en
aucun cas pour l’exercice de cette liberté fondamentale de circulation.

Les enjeux sont donc importants.

- Aux plans politique et diplomatique, l’Autorité palestinienne doit prouver sa capacité à gérer et organiser un tel poste.
- Au plan international, l’objectif est de
trouver à terme une solution au problème israélo-palestinien. C’est dire l’importance de la tâche dans le processus de création d’un État palestinien indépendant.

L’ordre opérationnel de Bruxelles précise que la mission Eubam doit se trouver physiquement à Gaza. Cependant, l’audit sécuritaire réalisé avant la mise en place a déterminé qu’aucune garantie solide ne pouvait être donnée par les Palestiniens pour la sécurité des personnels de la mission.

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Depuis la prise de pouvoir du Hamas, dans la Bande de Gaza en juin 2007, les tensions entres factions armées palestiniennes n’ont jamais été aussi fortes avec une recrudescence des tirs de mortiers sur le territoire israélien.
Dans l’attente d’une amélioration de la situation politique et sécuritaire, le gouvernement israélien a accepté que
l’Eubam s’installe provisoirement sur son territoire à Ashkelon, ville côtière au nord de la Bande de Gaza, à environ 12 kilomètres du mur de séparation.

Si le fait d’être installé à Ashkelon diminue
sensiblement les dangers, la mission se trouve malgré tout dans le rayon de portée des roquettes tirées au quotidien
par les groupes armés de Gaza et du Hezbollah. En moyenne, 140 roquettes sont lancées par mois, le dernier tir a fait
69 blessés dans un camp militaire à environ 2 kilomètres du quartier résidentiel de la mission européenne.

Certes, les attentats-suicides sont en nette diminution depuis 2003, le dernier en date s’étant produit à Eilat en 2006, mais rien que ces derniers mois, les autorités israéliennes en ont déjoué une dizaine.

La sécurité du personnel de l’Eubam se rendant sur le point de passage de la frontière de Rafah est assurée en permanence par les autorités israéliennes et aucun déplacement vers la Bande de Gaza ne peut être effectué sans leur escorte.

La mission dirigée par un général de l’Arme des Carabiniers emploie un effectif total de 65 personnes (54 internationaux
et 11 contrats locaux) soit 14 nations :Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France,
Grèce, Italie, Pays-Bas, Portugal, Suède, Roumanie, Royaume-Uni. Pour la majorité, il s’agit de fonctionnaires de police aux frontières ou de douaniers. La plupart de ces personnes est employée en qualité de contrôleur au terminal de Rafah.

La gendarmerie nationale est représentée au sein de l’état-major par un capitaine et un lieutenant chargés de l’analyse et du traitement des renseignements pour le
premier et de la sécurité de la mission pour le second. Un sous-officier est également en fonction au sein de l’équipe
spécialisée. Il est chargé de la protection du chef de mission, ainsi que de celle des personnalités en visite. Il s’agit principalement des représentants des États membres en la personne de leur ambassadeur ou du consul général.

Le détachement gendarmerie est présent pour une durée initiale de 12 mois avec une possibilité de prolongation. Le
contingent français est complété par deux fonctionnaires de police.

Cela peut paraître inhabituel de trouver des gendarmes dans des fonctions qui sont dévolues en général à des services
spécialisés en la matière. L’expertise de la gendarmerie est toutefois recherchée par le commandement de l’Eubam et apporte une plus-value dans les postes occupés : recueil-analyse et rédaction de synthèses de renseignements, suivi des statistiques et établissement de rapports, expertise en
matière de protection rapprochée et intervention professionnelle, expérience dans le domaine de la sécurité des biens ou des personnes pour tout ce qui touche la mission. À l’avenir, des actions de formation de la police palestinienne devraient être concrétisées.Là encore la
gendarmerie devrait trouver toute sa place au sein des autres forces de police de l’Eubam et servir de base ou de cadre pour aider à la restructuration des forces de sécurité palestiniennes.

Depuis la présence d’observateurs de l’Union européenne, 443 546 Palestiniens ont profité de ce portail ouvert sur le
monde, soit une moyenne de 1 500 passages par jour. À titre de comparaison, sous l’occupation israélienne, le nombre de Palestiniens autorisés à circuler hors de la Bande de Gaza était d’environ 500 par jour. Le problème le plus important reste celui de la surveillance des tunnels creusés
entre l’Égypte et Rafah par les militants armés, qu’il s’agisse du Hamas ou de son rival le Fatah. Ces tunnels parfois longs de plusieurs centaines de mètres, servent
aux trafics d’armes et de personnes. Ils auraient notamment été utilisés pour l’entrée illégale d’armes, de munitions et
de quantités impressionnantes d’explosifs au profit du Hamas, aidé par les tribus bédouines du Sinaï, en Égypte, contre rétribution financière. L’Égypte multiplie depuis quelques temps les opérations de police dans cette région, pour prouver sa bonne volonté.

publié le 09/03/2010

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