Discours de Bernard Kouchner, Ministre des Affaires étrangères et européennes, lors de la séance de clôture à Bethléem

Discours intégral de Bernard Kouchner, Ministre des Affaires étrangères et européennes lors de la séance de clôture de la Conférence pour l’investissement privé à Bethléem

Bethléem, 23 mai 2008

Merci beaucoup, Monsieur le Premier Ministre, Mesdames, Messieurs.

Quel succès, grâce à vous. Je souhaite bien sûr remercier les organisateurs.

Comme je vous l’avais promis, je tenais, Monsieur le Premier Ministre, à participer à la Conférence de Bethléem sur l’investissement en Palestine.

D’abord, parce que cette rencontre sans précédent intervient dans le prolongement de la Conférence des donateurs pour l’Etat palestinien, c’était la première fois que nous utilisions ce terme : "La Conférence des donateurs pour l’Etat palestinien", laquelle s’est tenue à Paris le 17 décembre dernier. Nous avions évoqué avec Salam Fayyad, dont je salue l’action réformatrice, l’idée de réserver un moment au secteur privé lors de la Conférence de Paris. Il a préféré, ce que je comprends, organiser un événement à part entière et en Palestine même.

Ensuite, parce qu’à quelques semaines du début de la Présidence française de l’Union européenne, je souhaitais réaffirmer le soutien de la France à l’Autorité palestinienne. C’est un soutien qui se porte aux institutions, pour conforter l’Autorité dans une dimension étatique à venir. C’est un soutien qui se porte au secteur privé, pour redonner, au travers d’une relance économique, espoir et perspectives à la population palestinienne et raffermir les bases économiques d’un futur Etat palestinien indépendant et souverain, viable et démocratique.

Mais aussi et surtout, je souhaitais être présent à vos côtés, Monsieur le Premier Ministre, pour apporter le soutien de la France à une initiative palestinienne majeure. L’aide internationale à l’Autorité palestinienne est nécessaire ; grâce au mécanisme de suivi que nous avons mis en place, une partie importante en a été déboursée dans des délais records, à l’issue d’une mobilisation sans précédent. Mais le moteur d’une croissance durable réside dans le secteur privé, qui possède toutes les potentialités d’un développement rapide. Vous le démontrez et le prouvez. En témoigne le nombre remarquable d’investisseurs et d’hommes d’affaires de toutes origines réunis à Bethléem.

Ce succès n’est pas pour surprendre. La Palestine dispose d’atouts importants qui permettent de fonder des espoirs sérieux : une population jeune, bien formée et entreprenante ; un marché intérieur prometteur ; une diaspora disposée à investir si les conditions redeviennent favorables ; mais aussi un secteur privé dynamique, largement ouvert sur l’ensemble du monde arabe et sur un marché régional en forte expansion ; et j’ajouterai : une proximité, une complémentarité naturelles avec l’économie israélienne, dont témoigne la présence à Bethléem, ces derniers jours, d’un grand nombre d’investisseurs israéliens.

Mais ne nous voilons pas la face : de nombreux obstacles existent. Les restrictions en matière d’accès et de mouvements demeurent importantes. Elles n’ont pas été réduites comme elles auraient dû l’être. Israël doit, Israël peut faire beaucoup plus sans mettre en danger sa sécurité. En Cisjordanie comme à Jérusalem-est, où rien ne justifie que la Chambre de commerce demeure fermée, pas plus que les autres institutions palestiniennes. Rien non plus ne saurait justifier la poursuite de la colonisation, obstacle à la paix s’il en est, obstacle aussi au développement économique palestinien.

Le représentant du Quartet, M. Tony Blair, a dernièrement présenté un ensemble de mesures significatives permettant d’améliorer sensiblement la situation sur le terrain. Nous espérons qu’elles pourront être rapidement mises en œuvre.

L’Autorité palestinienne, également, doit et peut faire plus. Elle dispose de législations favorables aux investissements, mais ces législations doivent être renforcées. Je salue les efforts réalisés dans ce sens par le gouvernement palestinien - à travers le plan de réforme et de développement. La Palestine doit retrouver les conditions d’une activité économique normale. Elle peut offrir aux investisseurs, qui s’orientent naturellement vers les pays et territoires les plus attractifs, des conditions d’accueil identiques à celles de ses voisins les plus performants.

Cette conférence est un premier pas. Son succès invite à regarder vers l’avenir.

Je souhaite que les entreprises françaises soient plus présentes dans les Territoires palestiniens, alors que mon pays est l’un des premiers investisseurs étrangers au Proche-Orient. Les entreprises françaises peuvent capitaliser sur les nombreux projets que la France accompagne en Palestine, notamment dans le domaine des infrastructures. A travers l’action de l’Agence française de développement, mais aussi à travers l’action des financements européens, qu’ils viennent de la Commission ou de la Banque européenne d’investissement, la France contribue à améliorer l’attractivité de ce territoire.

Je voudrais souligner les nouvelles perspectives qui s’ouvrent à la réalisation de projets à travers l’Union pour la Méditerranée dont a pris l’initiative le président de la République. Plusieurs grands projets en effet seront portés au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement lors du Sommet de Paris du 13 juillet 2008, dans les secteurs qui seront jugés prioritaires, par exemple la dépollution de la Méditerranée, les échanges universitaires et scientifiques, la création d’une agence de développement du secteur privé méditerranéen, la réalisation d’infrastructures, l’amélioration des conditions de développement du secteur privé, notamment à travers la formation professionnelle. Les Territoires palestiniens, la Cisjordanie comme Gaza, ont vocation à bénéficier de ces projets et je suis sûr que les entreprises en seront des partenaires constructifs et enthousiastes.

La présence aujourd’hui à Bethléem d’un grand nombre de participants venant non seulement du Proche et Moyen-Orient, mais aussi de pays partenaires plus lointains de la Palestine, crée un nouvel espoir. Il est nécessaire que les contacts établis au cours de la conférence se matérialisent en partenariats fructueux et que les projets d’investissements qui seront présentés deviennent rapidement réalité et créent les emplois indispensables pour redonner espoir à la population. La France continuera d’œuvrer en faveur de ces objectifs. Confiante, plus que jamais, dans les ressources, naturelles, culturelles, humaines des Palestiniens. Confiante dans le fait que la Palestine est une terre d’initiatives, mais aussi, comme en témoigne cette Conférence, de réussites. Confiante et impatiente à la perspective d’un Etat palestinien indépendant et viable, aussi bien géographiquement que politiquement et économiquement.

Chacun sait bien qu’une économie moderne ne peut fonctionner sans liberté de mouvement des hommes, des marchandises, des services et des capitaux.

Le dynamisme du secteur privé palestinien pourrait parfois nous faire oublier cette règle fondamentale. Mais sa croissance à long terme, bénéfique pour tous les pays de la région, nécessite un retour aux règles du jeu économique par le biais d’accords politiques.

Je vous remercie./.

publié le 03/03/2009

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