Discours de Madame Ségolène Royal, Ministre, au nom du Gouvernement français, aux obsèques des victimes de l’attentat antisémite commis le 9 janvier à Paris

Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, au nom du Gouvernement français (Cimetière de Givat Shaul, Jérusalem, 13/01/15) :

« Aujourd’hui, en ce cimetière de Givat Shaul, je viens rendre l’hommage solennel de la Nation française aux quatre victimes d’un lâche et misérable assassinat. Nos pensées vont à Yohan Cohen et Yoav Hattab, exécutés au seuil de leur vie d’adulte en voulant protéger leurs compagnons. Nos pensées vont aussi à Philippe Braham et François-Michel Saada, deux hommes respectés et estimés. A leurs familles et à leurs amis réunis ici, je veux adresser les condoléances de la République française et partager leur détresse. Ils ont tous les quatre été tués parce que juifs. C’est la plus révoltante des morts. Aujourd’hui nos pensées sont tournées vers vous. Votre douleur est la nôtre, votre douleur est celle de la France toute entière qui pleure avec vous vos enfants, vos frères et vos amis lâchement assassinés. La France souffre aujourd’hui comme vous et se rappelle, avec vous, de Myriam, Gabriel, Arieh et Jonathan, eux aussi juifs, eux aussi lâchement assassinés parce que juifs.

L’antisémitisme n’a pas sa place en France. C’est là, aussi, le message des millions de Français qui se sont retrouvés dimanche dans les rues du pays tout entier. « Je suis Charlie ! » mais aussi « Je suis juif ! » raisonnaient à l’unisson dans les rues du pays. Dimanche, le Chef de l’Etat s’est rendu à la Grande Synagogue de Paris, pour témoigner de cette solidarité et de cette détermination car la France, je le redis, sans les juifs de France n’est pas la France, comme l’a dit le Premier Ministre. L’histoire a créé une relation indestructible entre la République et les juifs de France. Les valeurs de liberté et de fraternité qui défilaient dimanche entre la place de la République et celle de la Nation, étaient celles de Voltaire mais aussi de Zola et de Jaurès qui s’étaient déjà levés pour défendre l’honneur outragé du capitaine Dreyfus. Aujourd’hui cette histoire encore nous oblige et la République sera, comme elle l’a toujours été, au rendez-vous de ces valeurs.

Je veux vous assurer, ici, de la détermination sans faille du Gouvernement français à lutter contre toutes les formes d’actes antisémites et c’est pourquoi le président de la république a annoncé que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sont en 2015 la grande cause de la Nation tout entière. Je sais l’effroi et la peur légitimes que suscitent de tels actes. Mais je veux vous redire ceci avec force : chaque coup porté à un Juif est un coup porté au peuple Français. La France gagnera ce combat contre l’antisémitisme, elle s’en donne des moyens exceptionnels aujourd’hui en protégeant avec détermination les lieux de vie, de culte, d’enseignement de la communauté juive de France. La France compte en son sein la première communauté juive d’Europe. C’est sa fierté, une part de sa grandeur, une composante essentielle de son identité. Elle contribue aujourd’hui comme hier au rayonnement de notre pays, elle lui a tant offert. Il est de notre responsabilité de préserver la place qui est la sienne dans notre pays : nous mènerons ce combat sans faiblesse et sans compromis.

C’est ce que nous devons aux victimes que nous pleurons aujourd’hui. Nous leur devons aussi la reconnaissance officielle de la Nation. Vous êtes la République et la République a comme plus haute distinction la Légion d’Honneur. C’est pourquoi au nom du Président de la République, je m’adresse à vous : Philippe Braham, François-Michel Saada, Yohan Cohen Yohav Attab, je vous fais chevaliers dans l’ordre de la Légion d’Honneur et je vais remettre les insignes à vos familles en deuil. »

publié le 20/01/2015

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