Tribune du Consul Général : La Palestine au patrimoine mondial

Le 29 juin 2012, la Palestine a obtenu, par un vote à la majorité des deux tiers, l’inscription de son premier site : « Le lieu de naissance de Jésus : l’Eglise de la Nativité et la route du pèlerinage à Bethléem », sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO.

La France a soutenu cette décision, de même qu’elle s’était prononcée en faveur de l’admission de la Palestine à l’UNESCO, en octobre 2011.

Le nom choisi pour désigner ce site est important : il nous rappelle que Bethléem est à la fois un lieu et un moment de la civilisation humaine, lié à l’expansion des religions du Livre.
L’Eglise de la Nativité et la ville de Bethléem rayonnent à travers le monde depuis bientôt deux mille ans, depuis que la tradition locale des premiers chrétiens a désigné une grotte comme lieu de naissance de Jésus. C’est au-dessus de cette grotte vénérée que, dans la première moitié du quatrième siècle, une première grande basilique a été édifiée à la demande de l’empereur Constantin, après la visite en Palestine de sa mère, l’impératrice Hélène. C’est en ces mêmes lieux que Saint Jérôme, entre la fin du quatrième et le début du cinquième siècle, a traduit la Bible en latin, connue sous le nom de Vulgate.

A travers les siècles, l’édifice, qui témoigne du style des premières basiliques byzantines, s’est enrichi de décors de mosaïques et de peintures qui ajoutent à sa valeur et sont d’un grand intérêt pour l’histoire de l’art.

Mais ce n’est pas seulement l’un des plus anciens et des plus beaux monuments chrétiens qui est distingué par l’UNESCO, c’est aussi – malgré l’occupation dont la ville souffre depuis 1967 – un site bien vivant, inséparable des ramifications religieuses et culturelles qui le rattachent au reste du monde. Bethléem a, plus qu’aucune autre ville peut-être, stimulé l’imagination d’artistes qui souvent ne l’avaient jamais vue : combien de mosaïques, d’enluminures et de tableaux qui, depuis l’époque byzantine, figurent la Nativité, la ville et le champ des bergers ou l’adoration des Mages ? Les plus grands artistes, Giotto, Vinci ou Dürer, ont élaboré leur art sur ces thèmes, réinventant Bethléem pour donner à l’humanité des chefs-d’œuvre impérissables. Et l’histoire de Bethléem a toujours été une histoire de pèlerinages, qui sont à la fois la cause et la conséquence de la fascination qu’elle exerce sur le monde. C’est pourquoi il est juste que la décision de l’UNESCO ne consacre pas le seul bâtiment de l’Eglise de la Nativité, mais aussi la route de pèlerinage parcourue par la procession des patriarches à Noël, suivant le chemin que la Vierge Marie et Joseph auraient emprunté. La France, qui a un rôle et une responsabilité historiques dans la protection des communautés chrétiennes de Terre Sainte, se félicite que cette dimension, qui fait partie intégrante du site, soit reconnue par l’UNESCO.
Patrimoine universel et largement symbolique donc, mais qui dans ses aspects matériels nécessite des interventions d’urgence. Ce lieu a besoin de protection, de restauration, d’aménagement, alors que chaque année s’y pressent deux millions de pèlerins et touristes. Sans remettre en cause le statu quo qui régit l’administration interne du site par les églises latine, grecque orthodoxe et arménienne – lesquelles ont le souci légitime de maintenir les principes sur lesquels cette administration se fonde – les autorités responsables doivent, avec l’appui de la communauté internationale, entreprendre sans tarder les travaux de restauration de l’Eglise et établir un plan de gestion du site digne de son importance. La France, qui a une expérience reconnue dans le domaine de la mise en valeur du patrimoine et va contribuer au fonds de restauration de la toiture de l’Eglise à concurrence de 200 000 euros, est prête à apporter son concours à la Palestine pour l’aider à développer un tel projet.

Le vote du Comité du patrimoine mondial a des conséquences techniques importantes, mais il constitue aussi une victoire diplomatique pour la Palestine et un pas de plus vers l’édification de son État et l’instauration d’une paix juste et durable avec Israël. C’est ce message de paix, lié au nom et à la naissance de Jésus, que la communauté internationale a voulu reprendre à son compte en inscrivant Bethléem au patrimoine mondial.

Tribune du Consul général de France à Jérusalem parue dans Al-Ayyam dimanche 22 juillet 2012

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publié le 15/02/2013

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