Entretien du Consul Général, M. Alain Rémy, avec Al Hayat al Jadida (11 décembre)

Alain Rémy : « Le Plan de réforme est le meilleur document qu’ait produit l’Autorité »

Nous avons mis en place un mécanisme de suivi des engagements pris lors de la conférence de Paris.

- La France entend continuer à s’intéresser aux questions de la région car cela constitue une garantie de stabilité internationale

- Le plan de réforme palestinien est exhaustif, ambitieux et réaliste

- La conférence de Paris est un complément d’Annapolis qui a apporté plus de résultats que prévu

Le Consul Général de France à Jérusalem, M. Alain Rémy a qualifié le Plan de réforme et de développement de l’Autorité Palestinienne (PRDP), qui sera présenté lors de la conférence de Paris la semaine prochaine, d’« exhaustif, ambitieux et réaliste » car il couvre l’ensemble des domaines pour les trois années à venir. M Rémy a ajouté, lors de cet entretien exclusif à Al Hayat Al Jadida, que ce document était « un cadre économique et budgétaire précis ». Il a assuré que les organisateurs de la conférence de Paris avaient prévu un dispositif de suivi des engagements afin que les déceptions du passé ne se reproduisent pas. Il a enfin ajouté que « la préparation de conférence de Paris a montré une très grande disponibilité de la communauté internationale à contribuer à l’action engagée par le gouvernement et l’Autorité Palestinienne » et a exprimé son espoir que cette conférence soit un succès.

Au moment où une délégation palestinienne de haut niveau s’apprête à rejoindre Paris dans quelques jours, les yeux des Palestiniens sont braqués sur la capitale française pour suivre les événements et les résultats de la conférence des donateurs qu’accueille le gouvernement français avec le soutien du Quartet, de la Commission Européenne et de la Norvège.

Les Palestiniens comptent énormément sur cette conférence qui se tiendra le 17 décembre, tant au niveau officiel que populaire, d’autant plus qu’il s’agit de l’événement économique le plus important de ces dernières années dans les relations entre les Palestiniens et les pays donateurs, notamment après la conférence des donateurs de Londres en 2003 qui n’avait pas atteint les objectifs escomptés.

Bien que la conférence de Paris soit organisée en cette période troublée de l’histoire de la cause palestinienne, en particulier au niveau interpalestinien, elle se tiendra néanmoins dans un contexte positif du point de vue du processus politique grâce à la dynamique engagée dans le processus de paix et la reprise des négociations avec la partie israélienne après la conférence d’Annapolis.

Les Palestiniens s’emploient à obtenir le soutien nécessaire à la conférence de Paris pour appuyer la création d’un Etat indépendant. Ils recherchent également les financements nécessaires pour améliorer leurs conditions de vie, combler l’énorme déficit budgétaire et soutenir le Plan de réforme et de développement.

Le gouvernement français déploie de son côté d’intenses efforts pour organiser et accueillir la conférence et mobiliser le maximum de participants. Le ministère français des Affaires Etrangères et Européennnes prévoit la participation de 90 délégations à cette conférence qui se tiendra à niveau ministériel.

Al Hayat Al Jadida a réalisé un entretien avec le Consul Général de France à Jérusalem, M. Alain Rémy, pour évoquer ces questions relatives à la conférence de Paris et le rôle dynamique de la France dans sa préparation.

Le Consul Général a également souligné que la France poursuivrait son rôle de soutien actif après la conférence de Paris et qu’elle contribuerait à la réussite du PRDP ces prochaines années, à la faveur notamment de la présidence de l’Union Européenne qu’elle assurera au second semestre 2008.

1-L’AP a demandé, lors de déclarations officielles, une somme de 5,5 milliards de dollars pour couvrir ses besoins économiques et de développement. Pensez-vous que la conférence de Paris répondra positivement à cette demande ?

Nous l’espérons, naturellement. Il est difficile de dire à l’avance quelles seront les contributions des grands pays donateurs mais la préparation de la conférence a montré une très grande disponibilité de la communauté internationale à contribuer à l’action engagée par le gouvernement et l’Autorité Palestinienne. Je pense que la dynamique qui a été engagée depuis juillet dernier doit être poursuivie et c’est à cette dynamique que s’attacheront les principaux bailleurs le 17 décembre à Paris.

2-L’AP présentera, lors de la conférence de Paris, son programme de réformes dans l’ensemble des domaines : économique, administratif, sécuritaire, etc. Avez-vous lu ce plan et quelle en est votre évaluation ?

J’ai lu ce plan. Nous l’avons même sérieusement étudié avec le ministère du Plan, avec les trois coprésidences de la conférence de Paris, le représentant spécial du Quartet, M. Tony Blair, le représentant norvégien et la commission européenne. Ce programme de réformes a été jugé par tous ceux qui en ont pris connaissance comme étant l’un des documents les plus aboutis qu’ait jamais produit l’Autorité Palestinienne. Il est à la fois très exhaustif, ambitieux mais en même temps réaliste. Il couvre tous les domaines auxquels sera confronté le gouvernement palestinien dans les trois années à venir, aussi bien la couverture des besoins budgétaires qu’un programme d’investissements et, enfin, qu’un cadre économique et budgétaire précis. Même si, naturellement, il doit être un peu affiné et précisé sur certains points.

3-Les Palestiniens comptent beaucoup sur la conférence de Paris, tant au niveau officiel que populaire, pour améliorer les conditions de vie, la situation humanitaire et la situation économique en général. Mais ils craignent également des résultats décevants comme ce fut le cas à l’occasion de la conférence de Londres dont le souvenir les hante toujours. Avez-vous des éléments de nature à rassurer le public palestinien ?

L’un des objectifs de la conférence de Paris est d’améliorer la situation sur le terrain. C’est à dire les conditions de vie et la situation humanitaire et économique de la population palestinienne. La conférence a aussi pour objectif de mettre le gouvernement de Salam Fayyad en mesure de réaliser son programme de réforme et de développement sur les trois années à venir. Les deux objectifs vont de pair car si la population ne voit pas d’amélioration sur le terrain elle n’adhèrera pas au projet de réforme et de développement qui lui sera proposé. Quel est l’élément important de la conférence de Paris dans ce domaine ? Il est que, contrairement à ce qui a pu être le cas dans le passé, nous avons prévu avec les coprésidences un dispositif de suivi des engagements. C’est à dire qu’il y aura pendant les mois qui viennent, peut-être les années qui viennent, un mécanisme qui permettra de vérifier que les engagements des bailleurs ont bien été honorés ou sont régulièrement honorés, et que les engagements de réforme et d’investissement de l’Autorité Palestinienne sont également bien mis en œuvre. C’est grâce à ce mécanisme de suivi, qui sera défini en concertation avec les responsables palestiniens, que nous espérons ne pas aboutir à la même déception pour la population palestinienne que ce qui a pu être le cas dans le passé.

4-Au-delà de l’organisation de la conférence de Paris, la France jouera-t-elle un rôle plus important, d’autant plus qu’une réussite sera considérée comme une réussite de la diplomatie française ?

La conférence de Paris sera déjà, en elle-même, un signe clair de la volonté de la France de continuer à jouer un rôle important dans la région. Nous avons beaucoup travaillé à la réussite de cette conférence et ce n’est pas terminé. Et, comme je viens de le dire, Paris ne sera pas terminé le 17 décembre au soir et nous entendons continuer à travailler pour la réussite du programme palestinien pendant les années à venir. En particulier pendant le deuxième semestre 2008 où la France, ayant la présidence de l’UE, sera par définition amenée à jouer un rôle prépondérant dans la conduite des processus engagés, naturellement sur le plan européen. Le climat de confiance qui s’est très vite instauré entre les nouvelles autorités françaises et la direction palestinienne, de même que le climat de confiance qui existe entre les autorités françaises et les autorités israéliennes, ne peuvent de ce point de vue que nous inciter à rechercher de nouvelles initiatives pour tenter de progresser dans les processus engagés aussi bien à Annapolis qu’à Paris.

5- Nous constatons une activité diplomatique remarquée de la France dans la région, cela est-il l’expression des efforts français pour trouver un consensus entre les parties libanaises pour la « bataille de la présidence » où alors des efforts pour régler le conflit israélo-arabe et réussir la conférence de Paris, quelles sont les raisons et les motifs de cette activité ?

Comme vous le savez l’activité française dans la région ne date pas d’aujourd’hui ou d’hier. La France a toujours manifesté un intérêt très fort pour ce qui se passe aussi bien au Liban qu’en Israël et en Palestine et nous entendons bien continuer dans cette voie. La stabilité de la région et en particulier un progrès dans le processus de paix israélo-palestinien sont pour nous un gage ou un facteur de stabilité au niveau mondial. La crise israélo-palestinienne est un élément d’instabilité et nous devons tout faire pour que ce problème se règle au plus vite.

6-En toute franchise, y aura-t-il un lien avec les résultats d’Annapolis comme cela a été répété dernièrement, et considérez-vous qu’Annapolis a été un succès ou a-t-il été en deçà des attentes ?

Oui, il y a un lien avec les résultats d’Annapolis dans la mesure où, comme le président Mahmoud Abbas l’a dit lui-même et comme la délégation palestinienne à Annapolis l’a souligné, cette conférence avait apporté beaucoup plus de résultats que ce qui était prévu. Et, de ce point de vue, la conférence de Paris est le complément sur le plan économique et financier mais aussi sur le plan politique de la conférence d’Annapolis. Comme vous le savez, il y aura après Paris d’autres réunions internationales qui sont envisagées pour conforter, pour soutenir, la dynamique qui a été engagée ; et si on ne peut naturellement pas préjuger de ce qui se passera au début de 2008, il est clair que toutes les actions possibles seront menées pour que le premier succès d’Annapolis, conforté par celui que nous espérons obtenir à Paris, puisse être prolongé durant toute l’année 2008 de manière à ce que, comme le dit la déclaration d’Annapolis, nous puissions envisager d’ici la fin de l’année prochaine, la création d’un Etat palestinien./.

Propos recueillis par Amjad Tamimi pour Al Hayat al Jadida


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Interview of Mr Alain Rémy with Al Hayat al Jadida (December 11th, Arabic and French versions)

publié le 16/08/2010

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