Entretien du Consul Général, M. Alain Rémy, avec Al Quds (6 décembre)

Le Consul Général de France à Jérusalem, Alain Rémy, dans un entretien exclusif à Al Quds

« La conférence de Paris est l’expression claire du soutien au peuple palestinien et à l’Autorité Palestinienne »

« L’aide internationale comprendra la Cisjordanie et Gaza. Les habitants de Gaza ne doivent pas payer le prix d’une situation difficile »

Le Consul Général de France à Jérusalem, M. Alain Rémy, a affirmé que la conférence internationale des donateurs pour les Territoires palestiniens, qui doit se tenir à Paris le 17 décembre prochain, est une étape importante après la conférence d’Annapolis. Cette conférence est l’expression du soutien de la communauté internationale au peuple palestinien et à son Autorité Nationale. Elle s’inscrit dans le cadre de la nouvelle dynamique internationale autour de la question palestinienne qui a débuté il y a quelques mois. M. Rémy a indiqué que la conférence de Paris était un exemple supplémentaire montrant le lien fort qui unit les peuples français et palestinien et que le Président français, Nicolas Sarkozy, considérait que cette conférence témoignait d’un soutien tangible et non purement déclaratoire. Il s’agit du meilleur message de soutien et de solidarité de la part du Président Nicolas Sarkozy et du gouvernement français envers le peuple palestinien et l’Autorité Nationale Palestinienne.

Lors d’un entretien exclusif avec Al Quds, le Consul Général a indiqué que le soutien qui serait présenté lors de la conférence de Paris était destiné à l’ensemble du peuple palestinien et à l’Autorité Palestinienne. Cela comprendra la Cisjordanie et la bande de Gaza car les habitants de la bande de Gaza ne peuvent être otages de la difficile situation qu’ils vivent ou en payer le prix. Il a affirmé l’importance d’une unité de Gaza et de la Cisjordanie, soulignant que la situation intérieure palestinienne était une affaire palestinienne et affirmant que les Palestiniens de Gaza ne devaient pas être écartés car ils sont partie intégrante du peuple palestinien.

Q : La semaine dernière s’est tenue la conférence d’Annapolis, axée sur le processus politique au Moyen-Orient. La semaine prochaine se tiendra la conférence des donateurs à Paris, dans l’organisation de laquelle la France et l’UE ont joué un rôle prédominant. Pouvez-vous nous éclairer sur le lien qui existe entre les deux conférences et quel est pour la France l’objectif principal de cette conférence ?

R : Je suis heureux car nous évoquons la conférence de Paris qui sera une étape très importante de la nouvelle dynamique qui existe depuis quelques mois. Nous espérons que la conférence sera une rencontre constructive qui débouchera sur des résultats concrets. Annapolis était une étape importante et ses résultats ont été positifs et même inattendus, comme l’a reconnu le président Abbas lui-même. Nous devons désormais construire sur ces avancées importantes. L’étape suivante sera, très prochainement, la conférence de Paris. Le premier objectif de Paris est de permettre au Premier ministre palestinien d’achever ce qu’il a commencé en juin dernier : financer les dépenses budgétaires, ce qui veut dire le paiement des salaires des fonctionnaires, des retraites, ... Nous avons remarqué qu’il y a eu une évolution importante en Cisjordanie après l’injection, depuis janvier, d’environ un milliard de dollars, en plus des revenus douaniers débloqués. Nous souhaitons que cette évolution se poursuive sur la base du PRDP, c’est à dire le Plan de Réforme et de Développement Palestinien qui vise à améliorer les finances de l’Autorité Palestinienne. Tel est l’objectif premier de la réforme. L’objectif du développement est également important. Nous ne souhaitons pas seulement financer le budget de l’Autorité Palestinienne et ses dépenses, mais également renforcer les infrastructures afin de construire un Etat palestinien. Des projets dans l’ensemble des secteurs permettront de réaliser cet objectif : nouvelles constructions, projets d’adduction d’eau, écoles, voirie, etc. Il y a également d’autres projets que les projets de construction tels que la mise en place d’une structure judiciaire, celle de l’aide à l’enseignement ou au secteur de la santé. Tout ceci devrait, selon nous, redonner espoir au peuple palestinien.

En ce qui concerne la conférence de Paris, elle sera brève, importante et se tiendra dans un format élargi au niveau ministériel. Des ministres y assisteront. Elle sera inaugurée par le Président Nicolas Sarkozy en présence de 90 pays et organisations internationales. Nous avons invité toutes les organisations et les pays qui ont marqué un intérêt pour la Palestine par le passé. Le 17 décembre prochain, des discours seront prononcés, des annonces chiffrées seront faites sur ce que chacun pourra présenter comme aide au budget palestinien ou comme projets d’aide. Gaza, qui est le principal destinataire des aides en 2007, ne doit pas être oublié. Il n’y a aucune raison pour que ses habitants payent le prix de la situation actuelle. Gaza et ses habitants sont une partie intégrante des Territoires Palestiniens et c’est pour cette raison que nous lui donnerons une grande importance lors de la conférence, ceci bien sûr en accord avec le Président Abbas et le Premier ministre Salam Fayyad. J’étais à Gaza il y a cinq jours et j’y ai ressenti la détresse des habitants. Nous devons leur apporter un espoir comme aux autres Palestiniens. Nous sommes d’accord sur ce point avec l’Autorité Palestinienne et nous présenterons des aides à Gaza et à la Cisjordanie.
S’agissant du suivi de la conférence, nous mettrons en place des mécanismes de contrôle de l’application des engagements des Palestiniens en matière de réforme, de développement et d’ajustement économique. Il y aura parallèlement un mécanisme de contrôle des engagements contractés par les donateurs. C’est en empruntant cette voie en 2008 que nous nous assurerons du financement des programmes et de leur application en bonne et due forme.
Vous savez qu’il y a eu des plaintes dans le passé sur l’utilisation des fonds octroyés par des donateurs ne correspondant pas toujours à l’affectation prévue. Cela ne doit pas se répéter et nous y travaillerons.

Q : Vous coordonnez-vous également en ce sens avec Israël ?

R : Tony Blair participera à la conférence en sa qualité d’Envoyé spécial du Quartet. Une de ses prérogatives est de traiter avec les deux parties pour l’application des accords conclus. Il a annoncé, conjointement avec le Premier ministre israélien, Ehoud Olmert, et son ministre de la Défense, Ehoud Barak, le lancement d’un certain nombre de projets de zones industrielles. Nous sommes en contact avec les Israéliens sur ces questions.
La première étape importante de ce projet, où les Israéliens sont appelés à participer, est la sécurité. Nous devons travailler en confiance sur ce sujet avec tous les partenaires de la conférence de Paris pour améliorer la situation sécuritaire en Cisjordanie et aider le Premier ministre palestinien à garantir la sécurité, d’abord à Naplouse puis ailleurs. Nous participons à la mission européenne d’appui à la police civile palestinienne (EUPOL-COPPS) et nous continuerons d’y participer. Je pense que le dossier sécuritaire est parmi les dossiers importants qui montreront aux Israéliens que la situation s’améliore. Ceci devrait leur permettre de lever des barrages et des check points.
Il faut également développer le secteur privé qui est important pour une économie palestinienne qui souffre des barrages. La conférence de Paris s’y emploiera.

Q : Il y a des centaines de barrages militaires en Cisjordanie qui menacent de mettre en échec l’application du plan sécuritaire et qui entravent les projets économiques...

R : Les Israéliens ont annoncé clairement avant Annapolis que le temps était venu d’une solution à deux Etats. C’est une certitude au niveau officiel et le temps est venu de son application. Mais c’est une question difficile pour eux.
Nous respectons cela. Mais nous devons leur assurer qu’ils peuvent lever des barrages en Cisjordanie sans aucun danger sécuritaire supplémentaire. Il s’agit d’un processus complexe.
Mes collègues et moi, nous nous déplaçons en Cisjordanie et nous pouvons observer les barrages fixes et les barrages volants. Les diplomates sont aussi sujets à des entraves : nos véhicules sont arrêtés, nos papiers d’identité contrôlés. La situation ne peut éternellement demeurer ainsi. Nous devons trouver ensemble des moyens de résoudre ces problèmes. Lorsque j’ai rencontré le Premier ministre Salam Fayyad, il a dit : « Je connais mes possibilités et j’agirai en conséquence ». Ceci a déjà porté des fruits à Naplouse. Nous l’encouragerons à poursuivre son action dans cette ville où la situation sécuritaire est la plus dégradée de Cisjordanie. S’il réussit à Naplouse, alors il réussira ailleurs. Il y a derrière ce plan la mission européenne et le plan Dayton ainsi que d’autres
plans sécuritaires. Il faut commencer à rétablir la confiance pour montrer aux Israéliens qu’ils peuvent lever des barrages et permettre aux voitures et aux camions de se déplacer sans devoir se plier au système du « back to back ».

Q : Avez-vous l’assurance qu’Israël n’entravera pas ou ne détruira pas les projets qu’entreprendra la communauté internationale comme il l’a fait par le passé ?

R : Il y a des projets que Tony Blair a évoqués, ceux de Jéricho, de Beit Lahya ; il n’y a pas de raison pour qu’Israël entrave des projets auquel il participe. Le danger est moindre désormais. Mais la communauté internationale sait qu’il existe toujours un risque que des projets qu’ils soient détruits après leur mise en place.

Q : Israël peut-il s’opposer à un projet entrepris par la communauté internationale ?

R : Nous n’avons demandé d’autorisation à personne pour construire des écoles, rénovater des hôpitaux ou des systèmes d’adduction d’eau. J’ai inauguré à Yaabad, dans le nord de la Cisjordanie, à la frontière avec Israël, un projet de réseau électrique d’un montant de 11.5 millions d’euros avec le gouverneur de Jénine et le Président de l’Autorité palestinienne de l’Electricité. Nous avons négocié pendant un an avec Israël qui n’a pas fait obstruction au projet bien que la station soit située près de la frontière.
Il y a quelques jours, j’ai inauguré avec le Maire et le Gouverneur d’Hébron, en présence d’autres élus municipaux, un projet de réservoir d’eau mis en place par l’AFD d’un montant de 10.5 millions d’euros. Il bénéficiera à 200.000 personnes dans la région d’Hébron. C’est un projet qui doit se poursuivre et s’étendre.

Q : Le taux de chômage est élev

publié le 16/08/2010

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