Extraits de l’interview de Laurent Fabius sur la radio France Inter - 25 novembre 2014

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Extraits de l’interview de Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères et du Développement international, sur la radio France-Inter (25 novembre 2014)

(…) Pourquoi y a-t-il eu, dans plusieurs pays, le même mouvement - au Royaume-Uni, en Espagne, en Suède, etc. ? C’est parce que la situation est dramatique et complètement bloquée là-bas. Il y a donc des débats dans les opinions publiques et dans les Parlements.

Je m’exprimerai au nom du gouvernement vendredi matin. Sur la question de principe de la reconnaissance d’un État Palestinien, la position de la France a toujours été, y compris depuis 1947, qu’il fallait qu’il y ait deux États. À partir du moment où il y a deux États - on a reconnu Israël - il faudra reconnaître la Palestine. La question ne porte donc pas sur le principe mais sur les modalités. Il y a toute une série de discussions et j’aurai l’occasion de dire quelle est la position de la France.

(…) Jusqu’à présent, il a toujours été dit : « c’est dans le cadre d’une négociation que, le moment venu, il y aura la reconnaissance ». Cela se comprend très bien parce qu’il faut aussi, pour que la reconnaissance soit effective, que du côté d’Israël il y ait un certain nombre d’éléments. Mais comme la négociation n’a pas lieu, on se trouve dans une espèce de butoir, de voie sans issue.

La France, avec d’autres partenaires, essaye d’avoir une action sur trois fronts. D’une part, aux Nations unies pour voir si on ne peut pas trouver une résolution qui permette à tout le monde de se rassembler. Ensuite, nous sommes favorables à l’idée d’une conférence internationale parce que ce que l’on constate que les parties, c’est-à-dire Israël et la Palestine, discutent mais lorsqu’ils arrivent au bout de la discussion, historiquement, ils n’arrivent plus à se mettre d’accord ; il faut donc qu’il y ait un accompagnement international et c’est dans ce cadre que peut intervenir, le moment venu, la reconnaissance.

J’aurai l’occasion d’expliquer tout cela mais, je le répète pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, c’est au gouvernement et au président de la République à prendre, le moment venu, la décision.

(…) La colonisation, qui est jugée illégale en droit international, est critiquée et même condamnée par la communauté internationale. La solution est celle des deux États mais à partir du moment où il y a, sur le terrain, des avancées de la colonisation, il arrive à un moment - et ce moment peut se rapprocher - où, concrètement, c’est de plus en plus difficile. Donc, si on veut vraiment la paix, on a besoin des deux États et si on a besoin des deux États, il faut que les conditions pratiques soient remplies.

(…) J’avais déposé, il y a quelques années, quand j’étais parlementaire, un projet qui était très voisin. Mais déjà à l’époque je savais, parce que je connais la Constitution, que c’est au gouvernement et au Président de la République de prendre la décision. J’insiste.

(…) Sur le principe de la reconnaissance des deux États, ce principe est acquis depuis 1947 et c’est la constance de la politique française. Nous ne souhaitons pas que cette reconnaissance soit virtuelle, elle doit être réelle. Jusqu’à présent, c’était dans le cadre d’une négociation et la négociation est souhaitable.

(…) Si c’est un État sur le papier qui n’existe pas dans les faits, cela ne donnera rien aux Palestiniens. (…) Si aujourd’hui, nous disons que nous reconnaissons l’État de Palestine sur le terrain, cela ne changera rien du tout. Or, les Palestiniens luttent à juste raison pour avoir un État et d’ailleurs les amis d’Israël doivent aussi souhaiter qu’il y ait un État palestinien pour permettre la sécurité.

(…) Nous ferons donc trois choses : continuer à essayer d’obtenir une résolution unanime à l’ONU qui permette de définir les paramètres de la négociation. Nous sommes disposés à accueillir une conférence internationale avec les Arabes, les Européens, les Américains, les Jordaniens. Et, troisième point, il est souhaitable qu’il y ait une reconnaissance. (…)./.

publié le 27/11/2014

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