Histoire

Dès l’origine, l’action de la France au Levant mêle étroitement les considérations religieuses et politiques. Lorsqu’en 1535, François 1er conclut la première alliance jamais signée entre un Roi Très Chrétien et un monarque musulman, il prend à revers ses rivaux regroupés autour de l’empereur Charles Quint, mais il choque les Chrétiens. Pour se racheter, il obtient de Soliman le Magnifique le droit de protéger les Chrétiens de Terre Sainte. Par le traité de 1536 et les suivants, appelés Capitulations, il peut entretenir des églises, nommer des consuls dans toutes les villes de l’empire ottoman, garantir la liberté commerciale, civile et religieuse des sujets. Au fur et à mesure de leur renouvellement, les Capitulations étendent le protectorat de la France à tous les Chrétiens de l’Empire relevant de Rome. Ce droit au protectorat des communautés chrétiennes d’Orient constituera l’instrument privilégié de l’influence française au Proche Orient.

A Jérusalem, la France défend les droits des Latins chargés des Lieux Saints. C’est à la suite d’un incident survenu entre Franciscains et Arméniens à la Grotte de la Nativité de Bethléem que le roi Louis XIII, appelé à rétablir le droit menacé des Latins, décide de nommer un consul de France à Jérusalem "pour la gloire de Dieu et le soulagement des personnes pieuses qui vont par dévotion visiter les Lieux Saints". Ce premier consul, le sieur Jean Lempereur, doit faire face, dès son arrivée en 1623, à l’hostilité conjuguée de ses protégés, des autorités locales et des puissances étrangères, en l’occurrence les Vénitiens. Sa tâche et celle de ses successeurs en est rendue si difficile que la présence consulaire française à Jérusalem reste épisodique jusqu’en 1843 où elle devient continue.

A cette époque, l’affaiblissement de l’empire ottoman exacerbe la compétition entre les grandes nations pour le partage de ses dépouilles. Le régime des capitulations permet aux puissances chrétiennes d’étendre leur protection à une population toujours plus nombreuse. Chaque consul compte ses protégés et le représentant de la France doit redoubler de vigilance pour faire respecter les droits et privilèges que lui confère son antériorité diplomatique. La rivalité religieuse autour des Lieux Saints prend une telle acuité qu’une simple querelle de moines à propos de la disparition de l’étoile de la grotte de la Nativité est une des causes de la guerre de Crimée de 1853, où s’affrontent la Russie, protectrice des Orthodoxes, et la France, protectrice des Latins.

Pour accroître son influence, le Consul de France prend appui sur le puissant mouvement missionnaire catholique français de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, par ailleurs encouragé par le gouvernements successifs, y compris les plus anticléricaux. De nombreuses congrégations religieuses françaises viennent ouvrir des maisons à Jérusalem et autour des Lieux Saints. Les accords de Mytilène (1901) et Constantinople (1913) qui confient à la France la protection diplomatique d’un certains nombre d’établissements religieux en dénombrent près de 130. Qu’elles se consacrent à soigner, à enseigner, à recueillir des orphelins, à étudier l’histoire biblique ou à prier, ces communautés renforcent la présence française dans la région avant la première guerre mondiale.

En outre, du fait de la colonisation française en Afrique du Nord et en Afrique noire, le Consulat étend sa protection à de nombreux ressortissants musulmans ou juifs en provenance de ces pays, venus s’installer dans la Ville Sainte. L’ouverture des première écoles de l’Alliance israélite universelle en Palestine à partir de 1880, protégées et subventionnées par la République, contribue au rayonnement culturel de la France dans la population juive.

Lorsque l’empire ottoman s’effondre en 1918, le Consulat général à Jérusalem s’émancipe de l’Ambassade de France à Constantinople dont il relevait jusque là. Même si le mandat britannique, instauré en 1922, suspend son protectorat sur les Chrétiens de Palestine, le Consulat général maintient une aire d’influence importante. Il poursuit son action culturelle à travers les congrégations religieuses, les écoles de l’Alliance, ses centres culturels et subventionne le département de français de la toute nouvelle Université hébraïque. Sa nouvelle autonomie lui confère, à côté de ses tâches consulaires, un rôle diplomatique accru au sein d’un Proche-Orient en pleine recomposition. C’est dans ce contexte que démarre, en 1929, la construction du consulat général actuel dont l’aspect imposant rappelle le rôle éminent que la France a joué et entend continuer à tenir dans la région.

Le partage de la Palestine en 1947 a profondément bouleversé la circonscription du Consulat général de France à Jérusalem. La définition territoriale prise en considération reprend le statut particulier réservé à la ville par le plan de partage de 1948. Même si ce plan, qui place la ville (augmentée de Bethléem) sous l’autorité de l’ONU, n’a jamais été appliqué, il demeure la source du droit international en attendant un règlement global. En conséquence, la circonscription du Consulat général comprend Jérusalem et les territoires occupés par Israël en 1967 (Cisjordanie, bande de Gaza). Cette compétence territoriale lui confère une position particulière qu’il partage avec les autres consulats généraux à Jérusalem qui relèvent directement de leurs capitales respectives.

Dans le cadre de sa circonscription, le Consul général continue à assumer un rôle de protection des communautés religieuses dans la ligne des accords signés avec les Ottomans, toujours en vigueur par le jeu de la succession d’États. A cette proposition diplomatique s’ajoutent des subventions, la mise à disposition de coopérants et, dans le cas des domaines nationaux, la prise en charge de l’entretien et du gardiennage. En échange, le Consul jouit, au nom de la République, des honneurs liturgiques, comme en témoignent la cérémonie de son entrée au Saint-Sépulcre qui rappelle la protection française sur les Lieux saints, les messes consulaires, ou encore sa présence en uniforme aux célébrations de Noël et de Pâques, aux côtés des autres consuls des pays catholiques. Si ce rôle religieux assumé par le Consul général devient moins central, il demeure utile non seulement eu égard à la tradition mais aussi au maintien d’équilibres communautaires délicats et à l’avenir toujours incertain des Chrétiens dans la région.

Sa tâche consulaire proprement dite s’adresse à une communauté française majoritairement franco-israélienne et, comme dans le passé, aux nombreux touristes et pèlerins français de passage ainsi qu’aux représentants des congrégations religieuses françaises auxquels se sont ajoutés les membres des organisations non gouvernementales présentes dans sa circonscription. Ce travail s’exerce dans le respect des résolutions des Nations Unies en vertu desquelles les contacts diplomatiques avec l’Etat d’Israël relèvent du domaine exclusif de l’ambassade de France à Tel Aviv.

L’autonomie du Consulat général a également pour conséquence de lui donner un rôle inhabituel de représentation politique auprès des autorités palestiniennes. Avant même l’établissement de l’Autorité Palestinienne en 1994, le Consulat général menait, dans les Territoires occupés, une politique de coopération importante aussi bien dans le domaine médical, humanitaire, éducatif, culturel qu’économique et financier. L’établissement d’une administration palestinienne a renforcé cette coopération en la réorientant vers des circuits plus officiels. Désormais le service culturel du Consulat général gère un budget de coopération important tandis que l’Agence Française de Développement et le service commercial mettent en oeuvre les mécanismes financiers de l’aide française. Enfin, le Consul général assume également le rôle de représentant de la France auprès de l’UNRWA, agence internationale des Nations Unies chargée des réfugiés palestiniens.

Le Consul général à Jérusalem cumule donc des fonctions religieuses, consulaires et politiques. Cette alliance reflète fidèlement la spécificité d’une ville qui, depuis sa fondation, a toujours étroitement lié le spirituel et le temporel. Il est à prévoir que l’avenir de la région n’échappera pas à cette double dimension religieuse et politique dans laquelle la France garde des atouts et des intérêts majeurs

Galerie de photos : quelques Consuls et Consuls généraux

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Salvator PATRIMONIO 1873-1881
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George GUEYRAUD 1908-1914
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Louis RAI 1919-1924
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René NEUVILLE 1946-1952

publié le 19/08/2010

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