Débat public sur le Moyen-Orient - Intervention de M. François Delattre

"Il est de notre responsabilité collective de ne pas renoncer"

Débat public sur le Moyen-Orient - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 18 avril 2016

Monsieur le Président,

Je voudrais commencer en remerciant le Secrétaire général pour son intervention et son engagement.

Les accords d’Oslo signés en 1994 avaient, dans un grand moment d’espoir, fait de la création d’un Etat palestinien vivant côte à côte en paix et en sécurité avec Israël la clef de la résolution de ce conflit historique. Néanmoins, soyons lucides : plus de 20 ans après ces accords, la création d’un Etat palestinien n’a jamais semblé aussi éloignée :

- la progression quotidienne de la colonisation israélienne morcelle le territoire palestinien pour le réduire à une portion congrue et remet en cause la viabilité d’un futur Etat ;

- la violence structure les rapports entre Israéliens et Palestiniens, que ce soit les actes de terrorisme, les attaques individuelles ou le poids de l’occupation. La vague de violence dont l’intensité persiste depuis 6 mois a conduit à des centaines de morts et des milliers de blessés ;

- l’éloignement des peuples palestiniens et israéliens est sans précédent. Il nourrit une radicalisation des opinions publiques qui ne semblent plus croire à la possibilité d’une coexistence pacifique de deux Etats. Cette dimension n’est pas la moins inquiétante.
Dans ce contexte, ne nous y trompons pas : le statu quo est un leurre. Le statu quo est mécaniquement une régression. Une régression de tous les jours, qui nous éloigne pas à pas de la possibilité de voir un jour émerger une solution à deux Etats. Nous devons regarder en face la dure réalité du terrain : si rien n’est fait, l’horizon fragile de la solution à deux Etats disparaîtra et le risque d’un embrasement généralisé se renforcera encore.

Face à ce constat implacable, le message que porte la France depuis plusieurs mois se résume à une phrase : l’impératif de recréer un horizon politique crédible pour sauver la solution à deux Etats. Car cette solution est la seule à même de répondre aux aspirations légitimes des Palestiniens à un Etat et des Israéliens à la sécurité.
Ainsi qu’en atteste la persistance de ce conflit, nous savons qu’il n’existe pas de voie aisée. Néanmoins, le choix de repousser la question et de chercher tant bien que mal à « gérer », à contenir le conflit n’est pas celui de mon pays. La conviction de la France, c’est que nous devons prendre nos responsabilités pour agir, y compris le moment venu via le Conseil de sécurité. Compte tenu de l’ampleur de la tâche, nous estimons que la mobilisation collective de la communauté internationale est aujourd’hui la seule voie possible pour avancer.

Sous l’impulsion du Président de la République et du ministre des Affaires étrangères, la France a donc décidé de lancer une initiative pour redonner un horizon politique crédible au processus de paix. Notre action se veut coopérative, inclusive et graduelle :

coopérative tout d’abord. L’Envoyé spécial de la France, l’Ambassadeur Pierre Vimont, a conduit dans ce but des consultations larges et approfondies auprès des parties et des principaux acteurs régionaux et internationaux avant de formuler ses propositions ;

inclusive ensuite. Notre initiative se veut complémentaire de l’action conduite par le Quartet, les Nations unies et les Etats-Unis. Face à la difficulté de la tâche, nous aurons en effet besoin de l’engagement commun de tous les acteurs pour réussir ;
graduelle enfin. Compte tenu de l’éloignement des positions des parties, il serait illusoire de rechercher une relance immédiate des négociations. Notre objectif est donc en priorité de briser la spirale négative que nous constatons, de prendre les décisions nécessaires pour préserver la solution à deux Etats et de recréer sur cette base une dynamique politique positive.

Ainsi que l’a annoncé le Président de la République au Caire, la France se propose donc d’organiser à Paris début juin une réunion ministérielle qui rassemblerait notamment les membres du Quartet, les membres permanents du Conseil de sécurité, la Ligue arabe ainsi que d’autres acteurs régionaux et européens. Cette réunion aura trois objectifs :

tout d’abord, je l’ai dit, réaffirmer le soutien de la communauté internationale à la solution des deux Etats et les grands principes de résolution du conflit. Nous nous appuierons sur le rapport que présentera le Quartet et qui fournira l’un des fondements de notre action ;

deuxième objectif : rassembler les engagements concrets que pourra apporter la communauté internationale. Nous mettrons en place à cet effet des groupes de travail pour produire un paquet global d’incitations qui pourrait comprendre notamment un Partenariat spécial européen, la réaffirmation de l’Initiative arabe de paix ainsi que des garanties économiques et de sécurité ;

troisième objectif : définir le calendrier, les objectifs précis et la méthode d’une conférence internationale que nous souhaitons organiser à l’automne. Celle-ci aura pour objectif de poser les bases d’une relance d’un processus de négociation crédible dans un cadre internationalement agréé.

Depuis l’adoption de la résolution 181 votée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1947, la solution à deux Etats a été la boussole collective de notre organisation. La France a conscience de la difficulté de la tâche s’agissant d’un conflit sur lequel tant de bonnes volontés ont échoué. Nous estimons pourtant qu’il est de notre responsabilité collective de ne pas renoncer, de ne jamais renoncer. Notre ambition n’est pas de prétendre pouvoir, seule, réussir là où d’autres ont buté. L’ambition de la France est d’être un trait d’union, de mettre à profit notre expérience et nos liens avec les parties et la région pour faire émerger une démarche consensuelle. C’est cette méthode exigeante qui nous parait la mieux à même d’avancer, d’avancer en terrain solide et de créer les conditions d’une négociation crédible.

publié le 07/12/2016

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