Interview du Consul général au journal Al-Quds

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1. La Palestine a été admise comme membre à part entière de l’UNESCO le 31 octobre. La France a voté en faveur de cette admission. Quelles sont les raisons qui expliquent ce vote ?

Permettez-moi tout d’abord d’adresser mes meilleurs vœux à vos lecteurs qui célèbrent la fête de l’Aïd Al Adha. Notre vote à l’Unesco est la traduction logique de notre position sur le dossier israélo-palestinien. La France estime depuis longtemps qu’un Etat palestinien constitue une condition indispensable à l’établissement d’une paix juste et durable au Proche-Orient. D’abord parce que les aspirations des Palestiniens sont tout aussi légitimes que celles des autres peuples de la région, et c’est encore plus vrai à l’heure du printemps arabe. Ensuite parce que la communauté internationale à confirmé à travers le AHLC en septembre que l’Autorité palestinienne avait "franchi le cap pour devenir un Etat fonctionnel". Enfin parce qu’un Etat palestinien est la meilleure garantie de stabilité et de sécurité pour tous les Etats de la région, dont Israël.

La demande d’adhésion à l’UNESCO s’inscrit dans cette perspective et c’est pour cette raison que nous l’avons soutenue : sur le fond, l’intégration de la Palestine comme membre à part entière de cette organisation, qui oeuvre à généraliser une culture de la paix au sein de la communauté internationale, est tout à fait légitime. Mais nous aurions préféré que les Palestiniens commencent par se présenter devant l’Assemblée générale des Nations unies, comme l’a proposé le président Nicolas Sarkozy en septembre à New York.

2. La décision de l’Unesco est-elle un prélude à une adhésion de la Palestine aux Nations-Unies ?

Sur cette question, la France a une position très claire qui se fonde sur un constat simple : l’admission de la Palestine comme Etat membre à part entière ne peut aboutir dans les circonstances présentes au Conseil de sécurité. Face à cette certitude d’un échec, nous considérons qu’un vote du Conseil de sécurité est non seulement inutile, mais aussi contre-productif car il donnera lieu à une confrontation diplomatique majeure qui conduirait à l’impasse et briserait la dynamique positive créée par le vote de l’UNESCO. C’est pour cette raison que nous avons annoncé, la semaine dernière, notre décision de nous abstenir si ce vote avait lieu.

Mais nous savons également qu’il serait injuste et même dangereux de ne pas apporter de réponse aux justes aspirations du peuple palestinien. C’est pour cette raison que le président de la République a proposé, devant l’Assemblée générale des Nations unies, de rehausser le statut de la Palestine à celui d’Etat non membre observateur. D’autres pays sont passés par ce stade intermédiaire, comme l’Italie, l’Autriche ou le Japon. Dans le contexte actuel, c’est selon nous - et la communauté internationale partage majoritairement cet avis - l’option la plus raisonnable et la plus constructive. Elle doit être considérée comme une étape vers l’adhésion pleine et entière de la Palestine à l’ONU ; mais cette perspective ne doit pas nous faire oublier que l’objectif de deux Etats vivant côte à côte en paix et en sécurité ne pourra être atteint qu’à travers des négociations entre Israël et les Palestiniens, sur la base des textes de référence qui constituent le socle du processus de paix : la Conférence de Madrid de 1991, le discours du Président Obama du 19 mai dernier, la feuille de route, l’initiative arabe de la paix et les paramètres agréés par l’Union européenne.

3. La France a montré qu’elle tentait d’autonomiser la prise de décision européenne face aux Etats-Unis. Pensez-vous que la France doive passer d’un rôle de bailleur de fonds à celui d’associé dans la prise de décision sur la question palestinienne, afin de rompre la partialité des Etats-Unis envers Israël ?

Dans son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies, le président Sarkozy a dressé un constat clair : la méthode appliquée jusqu’à présent a échoué. Aucun pays, pas même les Etats-Unis, ne peut prétendre résoudre seul un problème d’une telle complexité. La paix est l’intérêt de tous, elle ne pourra donc se réaliser sans l’implication de tous : l’Union européenne, les Etats de la région, les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. Une approche collective est devenue indispensable pour créer la confiance et apporter des garanties à chacune des parties. La proposition du Président de la République devant l’Assemblé générale s’inscrit totalement dans cette logique. Elle reste sur la table.

4. Quelle est la position de la France sur les rumeurs qui courent concernant la dissolution de l’Autorité palestinienne ? Et quelles en seraient les conséquences ?

Nous sommes conscients des frustrations ressenties par les dirigeants et le peuple palestiniens, mais la dissolution de l’Autorité palestinienne serait un terrible aveu d’échec collectif, un recul pour les Palestiniens mais aussi pour toute la région. Elle ruinerait tous les efforts accomplis depuis plusieurs années par le président Abbas et le Premier ministre Salam Fayyad pour préparer l’Etat palestinien et construire ses institutions. Personne ne peut prévoir ce qui pourrait arriver en cas de disparition de l’Autorité palestinienne, mais on ne peut pas exclure qu’elle se traduise par un nouveau cycle de violences dont les premières victimes seraient les populations palestinienne et israélienne. C’est pour cette raison que nous devons tout faire pour éviter un tel scénario.

5. L’Union Européenne étudie-elle les options ou les alternatives dans le cas ou l’AP serait dissoute ?

L’Union européenne est le plus gros donateur de l’Autorité palestinienne. Une dissolution consacrerait notre échec, en plus des risques qu’elle représenterait pour le peuple palestinien lui-même. Nous ne pouvons donc nous y résoudre. Aujourd’hui nous sommes donc pleinement mobilisés pour trouver une solution qui nous permette de l’éviter. A cet égard, la France joue un rôle moteur et déploie tous ses efforts, au sein de l’Union européenne et ailleurs, pour que cette solution alternative puisse voir le jour.

6. Que pensez-vous de l’idée selon laquelle le leadership palestinien pourrait remettre le sort du peuple palestinien entre les mains des Nations Unies afin de mettre fin à l’occupation ?

Le peuple palestinien mérite mieux que cela. Il a aujourd’hui, en la personne du président Abbas, un dirigeant courageux qui peut réussir le pari de la paix. S’en remettre aux Nations unies ne résoudra pas le problème : c’est aux Palestiniens et aux Israéliens de faire la paix. L’ONU, comme l’ensemble de la communauté internationale, peut et doit s’engager à leurs côtés, mais elle ne peut pas et ne doit pas se substituer aux parties.

7. Quelles sont les contributions de la France au soutien du budget de l’AP, des projets, et du secteur privé palestinien ?

Depuis la Conférence des donateurs pour l’Etat palestinien qui s’est tenue à Paris en décembre 2007, la France a fourni à la Palestine une aide bilatérale de 68 millions d’euros par an, qui comprend à la fois une aide budgétaire (25 millions d’euros), un soutien aux projets de développement (25 millions d’euros, essentiellement à travers l’Agence française de développement et le fonds de solidarité prioritaire du ministère des affaires étrangères, dont bénéficie la Palestine) et une aide humanitaire (via les ONG et les agences des Nations Unies, notamment l’UNRWA et le PAM). Notre coopération, qui s’inscrit en pleine cohérence avec le Plan de réforme et de développement palestinien, vise à développer et à renforcer les infrastructures et les institutions de l’Autorité palestinienne en vue de l’établissement de l’Etat palestinien que nous appelons de nos voeux. En termes géographiques, nos projets concernent en priorité les zones les plus difficiles d’accès pour l’Autorité palestinienne mais destinées à faire partie du futur Etat, notamment la zone C de Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est.

L’appui au secteur privé est un volet important de notre coopération, car sans développement du secteur privé, il n’y a pas de croissance palestinienne durable. Notre projet de zone industrielle à Bethléem, lancé en juin 2008 par le président de la République et le président Mahmoud Abbas, est aujourd’hui bien avancé. Nous avons également mis en place en 2010 un protocole de don de 5 millions d’euros en faveur des entreprises privées palestiniennes. Il existe aussi un mécanisme de garantie bancaire par le biais de l’Agence française de développement. Enfin, notre mission économique s’efforce au quotidien de développer les liens d’affaires entre les entreprises françaises et les entreprises palestiniennes.

Notre soutien se poursuivra. C’est pour cela, comme je l’ai annoncé personnellement au Président Mahmoud Abbas et au Premier ministre Salam Fayyad la semaine dernière, que la France vient de décider une nouvelle aide budgétaire à l’Autorité palestinienne d’un montant de 10 millions d’euros qui sera versée rapidement.

publié le 15/02/2013

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