Le Printemps des Poètes, en compagnie de Tahar Bekri

A l’occasion de la 11ème édition du Printemps des Poètes, célébrée en France et dans 60 pays à travers le monde, le poète Tahar Bekri proposera des lectures bilingues de poèmes, dont plusieurs consacrés à la Palestine, à l’occasion de soirées poésie organisées jeudi 19 mars à 18h30 au CCF de Naplouse et vendredi 20 mars à 18h au CCF Chateaubriand de Jérusalem.
Il ira également à la rencontre des étudiants du département de français de l’Université de Birzeit, samedi 21 mars à 11h.

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Installation de Mohammed Musallam : Siège, 2008 ©Mohammed Musallam

Né en 1951 à Gabès, en Tunisie, Tahar Bekri vit à Paris depuis 1976. Il a publié une vingtaine d’ouvrages, recueils de poésie, essais, livres d’art. Sa poésie, saluée par la critique, est traduite dans différentes langues et fait l’objet de travaux universitaires. Tahar Bekri est considéré aujourd’hui comme l’un des voix importantes du Maghreb.

Son œuvre, marquée par l’exil et l’errance, évoque des traversées de temps et d’espaces continuellement réinventés. Parole intérieure, elle est enracinée dans la mémoire, en quête d’horizons nouveaux, à la croisée de la tradition et de la modernité. Elle se veut avant tout chant fraternel, terre sans frontières.

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© Giovanni Giovannetti

Tahar BEKRI - Epopée du thym de Palestine
Mahmoud Darwich en mémoire

J’’embaumais collines et plaines
Nourri de l’’éclat de la lumière
Et tenais compagnie aux pas des errants
Dans le sacre de la terre
Tous ces dômes clochers et temples
Offrandes pour mille prières

Cette pluie soudaine pour mêler
Mes fragrances à l’’endurance des pierres
Toujours aux aguets des fissures béantes
Les roches retenant mes chutes
Au crépuscule des siècles qui se couchent
Dans la fosse de l’’Histoire

Je t’’aimais rumeur de la mer si près
Qui consolais mes frémissements
Alliés aux flûtes bercées par les oliviers solaires
Ils sont venus de nuit avec leurs chars
Reptiles aux chenilles aiguisées raser mes brins
Piliers du songe bâti comme une rivière

Et je vous revois enfants brûlés au phosphore
Les cendres noircies par les nuages blanchis
De sang et de lâche poussière
Sous les ciels blessés par le plomb durci
Les hôpitaux saignés par cent obus
Les écoles comme des cimetières

Et je n’’oublie la course du vent
Pour éteindre vos torches sans génie
Comment prétendre que le fusil se cache
Dans la farine les fusées dans la cuisine
Quand les lits sont éventrés sur les corps
Endormis les seuils souillés par l’’infamie

Comment ne pas vous voir chauves-souris
Dans la cécité de la nuit
Bottes conquérantes qui marchez sur mes étés
Lavés de citronniers séculaires
Comment ne pas vous reconnaître corbeaux
Dans les drones sans cerveaux

Et l’’hiver couvert par les pleurs des sirènes
Les maisons comme des tombes sans sépultures
Parmi les cris sombres parmi les décombres
Je consolais les étoiles réveillées en sursaut
Affolées par les traînées de vos poudres
Mes feuilles tendres martyres de vos incendiaires

Je vous le dis le thym c’’est pour parfumer
Le pain à l’’huile d’’olive pétri de mes feux
Non pour allumer les brasiers
Ni le romarin compagnon de mes cyprès
Ni l’’eau détournée de sa source
Ne pardonneront à votre mémoire ses trous

Je vous le dis le thym c’’est pour les chemins
Augustes et fiers non pour les vautours
Le thym c’’est pour le repos des oiseaux
Libérés de leur peur et de leur détresse
Non pour affamer les arbres et les nids
Non pour punir les mères et leurs berceaux

Je vous défie hyènes et vous casques
Le thym même cerné par le Mur
Percera la mer le ciel et la terre
Tant d’’armées pour une herbe
Ne pourront empêcher mes arômes
D’’être dédiés aux humains à bras ouverts

27 janvier 2009


publié le 02/04/2009

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