Pas de frontières en Palestine pour les conteurs du Bibliobus

Depuis 2011, le Bibliobus de l’Institut français de Ramallah et de l’Institut Goethe sillonne les routes des territoires palestiniens avec le slogan : « Si les enfants ne peuvent pas venir aux livres, les livres viennent aux enfants ». Du 7 au 13 février 2015, le Bibliobus a accompagné les « Conteurs sans frontières » dans plusieurs écoles et associations palestiniennes : à Ramallah, Hébron, Jénine et Jérusalem. Aux côtés des conteurs allemands Helga et Roana, deux francophones Micaela Sauber et Naceur-Charles Aceval ont pris part à cette aventure. Entre deux contes, ils ont accepté de répondre à nos questions.

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© Bibliobus

Comment est née l’idée des « Conteurs sans frontières » ?

Micaela et Naceur-Charles : L’idée des « Conteurs sans frontières » est née il y a neuf ans à l’initiative de Micaela en Allemagne. Ces trois dernières années, le projet a grandi et de nombreux conteurs professionnels se sont joints à nous. L’objectif est de faire voyager et circuler les conteurs, les contes et les personnes qui les écoutent. Nous avons déjà partagé nos contes au Liban, en Bosnie, en Croatie, ou encore en Slovénie.

Est-ce la première fois que vous venez en Palestine ?

Micaela  : Je connais bien la Palestine, je me suis rendue huit fois à Gaza et cinq fois en Cisjordanie pour organiser des ateliers et des contes. D’ailleurs, j’y ai formé deux conteuses membres des « Conteurs sans frontières », Tahany et Amani. Les deux conteuses de Gaza content tous les samedis dans les écoles et les jardins d’enfants de Gaza.

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© Audrey Coguiec et Lucie Gallissot

Comment avez-vous commencé à conter ?

Micaela  : Je conte depuis presque 30 ans. Du conte traditionnel au conte légendaire, c’est vite devenu mon métier et ma passion. Quand la guerre a éclaté en ex-Yougoslavie en 1992, je suis partie en Croatie et en Bosnie pour partager le quotidien de ce peuple et leur rappeler le pouvoir guérisseur du conte. En effet, mon premier voyage en ex-Yougoslavie a été une révélation, mon cœur s’est mis à battre très fort pour raconter des contes. Là-bas, j’ai formé des conteurs et organisé des contes pour éclairer le quotidien des enfants assombri par la guerre.

Naceur-Charles : Les contes me choisissent. Je viens d’une famille nomade où le conte et la tradition orale ont une place importante. Je me souviens que ma mère contait le soir à ses enfants à la lumière de la bougie : une façon de nous faire oublier la peur de la guerre et la faim. C’est seulement après cinquante ans que je me suis mis à conter, et pour la première fois en France, sous l’impulsion d’un grand conteur français, Bruno de La Salle. J’ai aussi eu le bonheur de conter avec l’écrivain français Henri Gougaud qui m´a encouragé à suivre ce chemin. Ma sœur, l’écrivain et conteuse Nora Aceval, est également une grande source d’inspiration. Je choisis mes contes en fonction de l’émotion qu’ils me procurent, car dire un conte c’est comme faire un cadeau.

Quel message apportez-vous aux enfants ici ?

Micaela et Naceur-Charles : Il est important d’encourager les élèves à s’approprier les contes, de les faire siens, pour que la parole soit échangée et ne s’arrête jamais. Les enfants ont donc une responsabilité, faire vivre ce conte et le transmettre à d’autres avec leurs propres mots. Les contes voyagent et c’est un miracle qu’ils existent toujours.

Que gardez-vous de votre expérience en Palestine ?

Micaela Sauber et Naceur-Charles : Chaque présentation a été différente, chaque public a exprimé sa propre émotion. La visite à l’Association France-Hébron avait quelque chose de spécial, c’était une très belle expérience. Surtout, la lumière et les sourires qui ont éclairé le visage des enfants. Une réelle connexion s’est créée avec eux, le conte permet d’ouvrir cet espace d’échange et de partage. Lorsque l’on écoute le conte, on sort de son quotidien pour aller vers l’universel.

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© Lucie Gallissot

En savoir plus sur le facebook du Bibliobus et sur le site internet de l’Institut Français de Ramallah.

publié le 02/03/2015

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