Reconnaissance de l’Etat palestinien - Discours d’Harlem Désir au Sénat

Le ministre des affaires étrangères et du développement international est retenu à Lima par la COP20, le dernier rendez-vous international avant la grande conférence Paris Climat 2015. Il m’a chargé de vous exprimer ses regrets et ses excuses.

L’exceptionnalité de la procédure choisie répond à l’exceptionnalité de la situation. Vous exprimez ainsi votre désir de paix, face à la dégradation dramatique de la situation sur le terrain. Une invitation au Gouvernement n’est en rien contraire à la Constitution, comme l’a montré M. Fabius même si la reconnaissance d’un État relève bien de l’exécutif.

Nos seuls ennemis au Proche-Orient sont les fanatiques, les extrémistes des deux bords qui entravent le processus de paix. La France a toujours défendu la solution à deux États, un État palestinien aux côtés de l’État d’Israël. Le 29 novembre 1947, elle a apporté une voix décisive à l’adoption de la résolution 181 de l’ONU. Elle fut l’une des premières à reconnaître le jeune État d’Israël avec la Russie et les États-Unis. Cela ne l’a pas empêché de reconnaître le bien-fondé de l’aspiration légitime du peuple palestinien à avoir un État, du général de Gaulle à François Mitterrand, devant la Knesset et depuis lors. Le règlement définitif du conflit passe par la coexistence de deux États vivant dans la paix et la sécurité dans des frontières sûres et reconnues. C’est pourquoi la France reconnaîtra l’État palestinien, qui est de droit, et affirme que la sécurité d’Israël n’est pas négociable.

En vingt ans, un long chemin a été parcouru. Le président de la République disait devant le Parlement israélien « que des mots imprononçables hier sont devenus communs », que le statu quo était intenable, que « la paix requérait plus de courage sans doute que de faire la guerre. ». La question est avant tout celle de la méthode.

M. Harlem Désir, secrétaire d’État. - Comment et quand reconnaître l’État palestinien ? Ce débat témoigne de notre sentiment d’urgence, alors que la solution des deux États semble s’éloigner. Tous, nous devons refuser le fatalisme et l’inertie. Il faut reprendre l’initiative. La viabilité même d’un État palestinien est menacée par la poursuite illégale de la colonisation tandis que le Hamas continue de rejeter l’existence d’Israël et n’a pas renoncé à la terreur. Assassinats dans une synagogue, mort hier d’un ministre palestinien, relance du processus sans cesse suivi de rechutes : l’escalade de la violence est chaque fois plus amère. Une étincelle peut conduire à l’embrasement.

La seule issue est pourtant connue : la coexistence de deux États vivant dans la paix et la sécurité, sur le fondement des frontières de 1967, avec Jérusalem pour capitale commune. Comment la France peut-elle défendre le plus efficacement la cause de la paix ? Depuis longtemps, nous appelons à une résolution globale et négociée du conflit. Nous voulons donner aux négociations une chance d’aboutir, un changement de méthode : le face-à-face entre Israël et la Palestine a montré son peu d’efficacité.

Après plus de soixante ans de conflits, plus de vingt ans de négociations sans issue, il faut un accompagnement, un engagement déterminé - certains diront une pression - de la communauté internationale pour aider les deux parties à franchir le pas ultime. C’est ce à quoi la diplomatie française s’emploie. Le Gouvernement travaille en ce moment à une proposition de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, appelant à la reprise immédiate des négociations, qui devront aboutir d’ici deux ans. Le compromis sera aussi difficile à trouver que l’accompagnement de la communauté internationale est indispensable. La France est prête à accueillir à cette fin une conférence internationale.

Si cette ultime tentative échouait, la France devrait assumer ses responsabilités en reconnaissant l’État palestinien. Nous y sommes prêts.

Nous ne cèderons ni sur les droits des Palestiniens, ni sur le droit à la sécurité d’Israël. Nous refusons l’importation en France du conflit : la lâche et odieuse agression de Créteil nous renforce dans notre détermination à combattre l’antisémitisme et à lutter contre le racisme.

Nous avons un cap : rechercher la paix. Votre vote n’opposera pas ceux qui soutiennent Israël et ceux qui soutiennent les Palestiniens. La reconnaissance d’un État palestinien est nécessaire pour assurer durablement le développement et la sécurité d’Israël ; elle devrait être soutenue par tous les amis d’Israël. Être l’ami d’Israël, ce n’est pas être l’ennemi de la Palestine. C’est cette vérité que votre vote doit exprimer.

Le Gouvernement ne ménagera pas ses efforts. Le temps est compté pour ceux qui veulent la paix. La France ne tient qu’un seul cap : elle n’aura de cesse d’agir jusqu’à la paix.

PNG

publié le 12/12/2014

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