Visite de la mission archéologique française à Taybeh

Le 10 juillet dernier, le Consul Général a visité le village de Taybeh (près de Ramallah), et s’est rendu sur le chantier de fouilles archéologiques d’El Khader qui a débuté en juillet 2000. Il était accompagné de Daoud Kanaan Khoury, Maire de Taybeh, de Jacques Nobel Abel, prêtre melkite de Taybeh, de Vincent Michel, Chef de la Mission archéologique française d’el-Khader, et de Robert Horn, attaché culturel.
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Il a également visité, en compagnie de Jean-Loup Hanquart, tailleur de pierre, les locaux où sera installé un « chantier -école » de tailleurs de pierre. En tant qu’ouvrier - compagnon du Tour de France, Jean Loup Hanquart est à l’origine de ce projet de l’association "L’Atelier Saint-Jean des Quatre Couronnés - Anjou ".


LA MISSION ARCHEOLOGIQUE FRANÇAISE D’EL KHADR


Le village de Taybeh

Situé à quelque 30 km au nord-est de Jérusalem, il s’impose à l’attention du voyageur de loin comme de près. Tassé en pyramide, il est dominé au sommet par les ruines de la forteresse croisée (XIIe siècle), à qui l’importance stratégique de ce lieu n’avait pas échappé. Cette localité a tiré ses titres de noblesse de la Bible. Son nom y apparaît indifféremment sous l’appellation d’Ophra (Jo 18, 23), d’Ephraïm (2 Sam 13, 23) et d’Ephron (1 Mac 11, 34). Ces références bibliques et d’anciennes fouilles attestent une occupation ininterrompue depuis le Bronze Ancien.

Ce n’est qu’au XIIIe siècle de notre ère que Saladin aurait donné le nom actuel de Taybeh, abréviation de et-Tayibet el-Ism (« le joli nom »). Le village a toujours conservé intacte la tradition du séjour de Jésus avec ses disciples à la veille de Pâques, un fait pourtant si brièvement évoqué dans l’évangile de Jean (11, 54) : « Jésus cessa de circuler en public parmi les juifs ; il se retira dans la région voisine du désert, dans une ville appelée Ephraïm et il y séjourna avec ses disciples ».

Encore maintenant, Taybeh est l’unique village de Palestine dont la population soit entièrement chrétienne (latine, melkite et orthodoxe). Deux basiliques byzantines ont été érigées. Sur la première, repose la nouvelle église des grecs-orthodoxes.

La mission archéologique française d’El Khadr

La mission archéologique française dirigée par Vincent Michel se concentre sur la seconde basilique byzantine, appelée communément el-Khader. Depuis 2000, elle s’effectue à la demande de la Municipalité de Taybeh, avec l’autorisation du Département palestinien des Antiquités (Dr Hamdan Taha), sous l’égide de l’Atelier Saint-Jean des quatre Couronnés - Anjou, sous le patronage scientifique du Studium Biblicum Franciscanum (Pr. Michele Piccirillo) et de l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem (Pr. Jean-baptiste Humbert). Ce chantier, unique en Palestine durant l’été 2006, a été rendu possible grâce au soutien financier et technique du Consulat Général de France à Jérusalem, et du Sénat français.

Le complexe ecclésiastique

Les ruines, explorées par V. Guérin (1868) et E. Robinson (1877), furent étudiées pour la première fois par A. M. Schneider (1931) sans les fouiller. Le complexe ecclésiastique, dédié à saint Georges, comprend les vestiges de plusieurs périodes.

JPEGLa découverte de murs et de pavements de mosaïques heureusement préservés permettent progressivement de préciser le plan d’une première église érigée au Ve siècle, de plan basilical à trois nefs terminée par une unique abside centrale saillante. On y accède par un large escalier en façade conduisant de l’atrium au narthex. Sur le flanc sud, elle est flanquée d’une petite chapelle à abside. Le flanc nord comprend une enfilade de quatre salles annexes, organisées autour d’une pièce centrale laissée à ciel ouvert et comportant une profonde citerne.

Lors de la période des Croisés (XIIe-XIIIe siècle), le site fut reconstruit en une sorte de monastère fortifié. Les murs de cette église médiévale sont les mieux conservés avec par endroits, plus de 5 mètres de hauteur. Réduite à une petite chapelle à nef unique et à transept à absidiole, elle occupe l’espace central du complexe byzantin. Les fouilles ont progressivement dégagé une partie du décor de fresques de l’abside. Si la chapelle sud a repris le même plan qu’à l’époque précédente, l’aile nord a été profondément remaniée, divisée en de petites pièces, abritant vraisemblablement une petite communauté monastique. L’espace du narthex a été également réutilisé en habitations avec un étage. On marche directement sur le dallage médiéval, témoignant une dévotion populaire continue des Chrétiens.

De nombreux petits sanctuaires modernes ont été construits à l’intérieur. Certains chrétiens sacrifient toujours rituellement des moutons à la porte de l’église en l’honneur de Saint-Georges.

La mise en valeur du site

La mission archéologique poursuit également l’objectif de mettre en valeur le site, par la réalisation d’un nouvel éclairage du complexe, la pose d’un panneau explicatif et la disposition de mesure de protection et de restauration des vestiges, permettant une meilleure compréhension et visibilité des vestiges, la sécurité des visiteurs et la conservation du site.

Ces campagnes de fouilles qui se succèdent depuis 2000 sont le travail préliminaire d’un projet de création d’un atelier-école de tailleurs et de sculpteurs de pierre pour les jeunes palestiniens de Taybeh. Ils seront encadrés par un Compagnon du Tour de France, Jean-Loup Hanquart et auront pour première mission, de restaurer la chapelle méridionale.

Vincent MICHEL
Chef de la Mission archéologique française d’el-Khader,
Maître de conférence en Archéologie à l’Université de Poitiers.

publié le 09/03/2010

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