Voeux de Laurent Fabius au corps diplomatique (29 janvier)

« Ces crises brûlantes ne nous font pas oublier l’interminable et tragique conflit israélo-palestinien. Il est grand temps pour la communauté internationale d’avancer – cette fois de manière décisive – vers un règlement définitif. En gardant à l’esprit ceci : la sécurité d’Israël constitue une exigence absolue, avec laquelle la France ne transigera pas ; le peuple israélien a le droit de vivre en sécurité et en paix, et nous devons tout faire pour que ce droit fondamental soit garanti ; mais il n’y a pas de paix sans justice, et la situation actuelle faite aux Palestiniens, qui ne disposent pas d’un Etat, est fondamentalement injuste. J’avais dit devant l’Assemblée nationale en novembre 2014, au nom du gouvernement, que le règlement définitif du conflit israélo-palestinien et une paix durable au Proche-Orient ne pourraient être obtenus que par la coexistence de deux Etats souverains et indépendants et que, si l’impasse actuelle perdurait, la France reconnaîtrait l’Etat de Palestine. J’avais ajouté que cette reconnaissance n’était pas une faveur, un passe-droit, mais un droit. La France, je vous le confirme, n’abandonnera ni l’exigence de sécurité pour Israël, ni celle de justice pour les Palestiniens.

Depuis de nombreux mois la France a agi en ce sens – souvent trop seule. Nous n’avons cessé de promouvoir un changement de méthode, afin de sortir du face-à-face entre Israéliens et Palestiniens qui n’a pas permis la paix. En 2015, nous avons pris plusieurs initiatives pour tenter d’avancer. Je me suis moi-même rendu au Proche-Orient afin d’essayer de convaincre les parties de reprendre le chemin des négociations. Nous avons saisi le Conseil de Sécurité d’un projet de résolution fixant les paramètres et un calendrier de résolution du conflit. En septembre, nous avons mobilisé, au-delà du Quartet, les acteurs arabes clés et les partenaires européens dans le cadre du Groupe international de soutien, réuni lors de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Malgré les obstacles et l’immense difficulté, je veux vous dire ce soir que la France ne renonce pas. Nous constatons malheureusement que la colonisation continue, récemment le Premier ministre israélien est allé jusqu’à reprocher au Secrétaire général de l’ONU d’encourager le terrorisme au motif que celui-ci avait rappelé l’illégalité de la colonisation et demandé son arrêt. Nous ne devons pas laisser se déliter la solution des deux Etats. C’est notre responsabilité de membre permanent du Conseil de Sécurité et de puissance de paix. La France engagera donc dans les semaines qui viennent des démarches afin de préparer une Conférence internationale rassemblant autour des parties leurs principaux partenaires – américain, européens, arabes, notamment – afin de préserver et de faire aboutir, si c’est possible, la solution des deux Etats.

Mais, me dira-t-on, cela fait si longtemps qu’on essaie, c’est très difficile, que se passera-t-il si cette ultime tentative de solution négociée se heurte à un blocage ? Et bien nous devrons être fidèles à ce que j’avais annoncé fin 2014 à la tribune de l’Assemblée nationale : dans ce cas, nous devrons prendre nos responsabilités en reconnaissant l’Etat palestinien. »

publié le 15/11/2016

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